Table ronde
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Archives de Pédiatrie 2013;20:77-78
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Collaboration pédiatre
généraliste – cardiopédiatre
*Auteur correspondant.
e-mail : p-amedro@chu-montpellier.fr
D
e plus en plus, les centres prenant en charge les maladies
chroniques de l’enfant publient sur la qualité de vie
(QdV) de leurs patients, soit dans le but de valider un
outil d’évaluation (questionnaire) par des études comparatives
avec la population saine, soit pour corréler la sévérité de la mala-
die à d’autres critères de morbidité plutôt qu’à la mortalité, que
les progrès de la médecine ont fait chuter.
Dans le domaine des cardiopathies congénitales peu d’études
de QdV méthodologiquement valides ont été effectuées chez
l’adulte, encore moins chez l’enfant. Pourtant, les parents sou-
haitent obtenir cette information, d’autant que les anomalies
congénitales, cardiaques en tête de liste, sont la première cause
de morbidité en pédiatrie.
Pour illustrer ce problème de santé publique, l’exemple le plus
parlant est celui de l’hypoplasie du cœur gauche, cardiopathie
congénitale la plus grave : il existe 2 prises en charge différentes,
celle issue des États-Unis (chirurgie palliative quasi-systématique)
et celle de la France (interruption médicale de grossesse largement
majoritaire). La France est le premier pays à avoir démontré l’im-
pact du diagnostic prénatal sur la prévalence de cette cardiopa-
thie. Concrètement, on ne peut pas donner aux familles françaises
lors du diagnostic prénatal et à la naissance une information sur la
QdV des enfants nord-américains alors que la prise en charge est
si différente, sans compter les différences culturelles.
En France, le « plan 2007-2011 pour l’amélioration de la QdV des
patients atteints de maladie chronique » implique de commen-
cer par l’évaluer correctement.
1. Quels questionnaires ?
Moons et al. ont montré que le terme de « qualité de vie » dans
les articles scientifiques est très souvent utilisé à tort, tel un
critère subjectif avancé par l’auteur sans aucun recours à un outil
épidémiologique validé [1].
Le Kidscreen est issu d’une collaboration européenne (www.kids-
creen.org). L’étude pilote du « Kidscreen Group », soutenue par la
Commission Européenne, démarre en 2002 avec 7 pays et inclut
3988 enfants et 2526 parents. Les groupes d’âge définis sont les
enfants de 8 à 11 ans et les adolescents de 12 à 18 ans. La version
longue (Kidscreen-52) comporte 52 items, 10 dimensions, avec
des scores de QdV linéarisés de 0 à 100. La validation psycho-
métrique a été réalisée en français [2,3]. Notre équipe a utilisé
le Kidscreen dans une étude multicentrique évaluant la qualité
de vie des enfants porteurs de cardiopathie congénitale de 8 à
18 ans (n = 285), comparativement aux témoins du même âge.
Le VSPA, « Vécu et Santé Perçue de l’Adolescent » est une échelle
française de QdV développée par M.C. Siméoni et al à Marseille. Il
comporte 40 items, 6 dimensions et a été évalué chez 2941 ado-
lescents de 11 à 17 ans [4].
Le « Pediatric Quality of Life Inventory » ou « PedsQL™ », créé par
J.W. Varni a été testé sur plus de 30 000 enfants et leurs parents
à l’échelle internationale. C’est le seul questionnaire permettant
des études de 2 à 18 ans avec le même outil adapté à l’âge. Le
module général de PedsQL™ a été traduit dans la majorité des
langues, dont le Français. Le module cardiaque de PedsQL™ vient
de faire l’objet, pour la première fois, d’une étude par l’équipe de
K. Uzark, chez 347 enfants américains porteurs de CC [5]. Cepen-
dant, à ce jour, le module générique (« core ») du PedsQL™ n’a pas
de validation psychométrique en français et le module cardiaque
du PedsQL™ n’a ni validation linguistique, ni validation psycho-
métrique. Le module cardiaque du PedsQL (cardiac core) dispose
d’un questionnaire adolescent (13-18 ans) : il comporte 27 ques-
tions regroupées en 5 modules sur les traitements, l’apparence
physique, l’anxiété liée à la maladie, les problèmes cognitifs et la
communication. Notre équipe est en train d’effectuer la valida-
tion de ce questionnaire (core et cardiaque) en France.
2. Qualité de vie et cardiopathies
congénitales
L’analyse bibliographique retrouve une dizaine d’échelles de
qualité de vie validées utilisées en cardiologie congénitale
(Tableau 1). La grande majorité est en langue étrangère (Amé-
rique du nord, nord de l’Europe). Peu de questionnaires sont
spécifiques des cardiopathies congénitales de l’enfant et aucun
n’a été à ce jour validé en Français (validation linguistique et
psychométrique).
Qualité de vie et cardiopathies congénitales
P. Amédro
a, b
*, M.-C. Picot
c
, R. Dorka
a
, S. Guillaumont
a, d
,
S. Moniotte
e
, M. Voisin
a
, P. Auquier
b
a
Cardiologie pédiatrique et congénitale, CHU Arnaud De Villeneuve, 34000 Montpellier, France
b
Laboratoire de Santé Publique, EA 3279, Marseille, France
c
Unité de recherche clinique et épidémiologie, CHU Montpellier, France
d
Cardiologie pédiatrique, Institut St Pierre, Palavas-Les-Flots, France
e
Cardiologie pédiatrique, UCL St Luc, Bruxelles, Belgique