MISE AU POINT / UPDATE DOSSIER
Syndrome douloureux régional complexe :
diagnostic et physiopathogénie
Complex regional pain syndrome: diagnosis and physiopathogeny
S. Cockx · A. Berquin
© Springer-Verlag France 2012
Résumé Le syndrome douloureux régional complexe
(SDRC) est une entité clinique difficile qui peut faire suite
à un traumatisme ou une immobilisation. Le diagnostic fait
essentiellement appel à l’interrogatoire et à l’examen
clinique. Il repose sur quatre catégories de symptômes et
signes : sensoriels, vasomoteurs, sudomoteurs/œdème et
moteurs/trophiques. La physiopathogénie complexe fait
intervenir des facteurs inflammatoires, sympathiques, neuro-
logiques, génétiques et peut-être psychologiques. Pour citer
cette revue : Lett. Méd. Phys. Réadapt. 28 (2012).
Mots clés Syndrome douloureux régional complexe ·
Algodystrophie · Diagnostic · Physiopathogénie
Abstract Complex regional pain syndrome is a difficult cli-
nical entity, which may develop following trauma or immo-
bilisation. The diagnosis is mainly done on the basis of
patient interview and clinical examination. It relies on four
categories of symptoms and signs: sensory, vasomotor,
sudomotor/oedema and motor/trophic. The complex physio-
pathogeny involves inflammatory, sympathetic, neurologi-
cal, genetic and maybe psychological factors. To cite this
journal: Lett. Méd. Phys. Réadapt. 28 (2012).
Keywords Complex regional pain syndrome ·
Algodystrophy · Diagnosis · Physiopathogeny
Introduction
Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) est une
affection invalidante qui affecte habituellement les extrémi-
tés. Il se caractérise essentiellement par une douleur dispro-
portionnée par rapport à l’événement déclenchant, mais
comprend également des anomalies sensorielles, motrices
et autonomiques. La physiopathologie de cette entité reste
méconnue et souvent controversée. Cette confusion physio-
pathologique a mené à de nombreuses appellations : causal-
gie, algo(neuro)dystrophie sympathique réflexe, dystrophie
neurovasculaire réflexe, atrophie (ou maladie) de Sudeck…
Ces termes ont été abandonnés par consensus lors d’une
conférence tenue en 1993 et le terme strictement descriptif
(sans connotation physiopathogénique) de complex regional
pain syndrome (CPRS), ou SDRC, a été introduit [1]. Deux
catégories de SDRC ont été définies : type I (sans lésion
nerveuse) et type II (avec lésion nerveuse).
On distingue souvent trois phases dans le SDRC : une
phase précoce « chaude », une phase intermédiaire « dystro-
phique » et une phase tardive « froide » ou « atrophique ».
Dans la phase « chaude », on observe classiquement une
extrémité chaude, œdématiée, rougeâtre, avec hypersuda-
tion. Dans la phase froide, le membre est froid, cyanosé ou
livide, moins gonflé mais avec maintien de l’hyperhydrose.
Toutefois, les tableaux cliniques sont souvent moins claire-
ment distincts et des données récentes ne montrent pas
d’argument en faveur d’une évolution en plusieurs stades.
En conséquence, certains auteurs suggèrent qu’il faudrait
plutôt distinguer trois sous-types de SDRC : le sous-type I,
limité, avec des signes surtout vasomoteurs ; le sous-type II,
limité, avec des signes surtout neurologiques et le sous-type
III, floride, correspondant à la présentation « classique » du
SDRC [2].
L ’évolution naturelle est habituellement favorable. Une
étude a montré que sur 274 patients ayant subi une fracture
de Pouteau-Colles, 28 % ont développé un SDRC. Après six
mois, seul un tiers avaient encore des douleurs mais beau-
coup gardaient une raideur et après 12 mois, peu avaient
encore mal et 50 % présentaient une raideur [3]. Une autre
recherche s’est penchée sur l’évolution de 30 patients ayant
présenté un SDRC après traumatisme du membre supérieur.
À un an, 26 étaient nettement améliorés malgré une faiblesse
séquellaire, un patient gardait des symptômes modérés et les
S. Cockx · A. Berquin (*)
Service de médecine physique et réadaptation,
cliniques universitaires Saint-Luc, avenue Hippocrate 10/1650,
B-1200 Bruxelles, Belgique
e-mail : anne.berquin@uclouvain.be
Lett. Méd. Phys. Réadapt. (2012) 28:70-75
DOI 10.1007/s11659-012-0295-7