L’enlèvement au cœur du mythe Michel Boccara Le mystique considère ses dons comme l’effet du bon plaisir divin, comme des charismes, des grâces, dont il est indigne et dont il redoute les effets pour son humilité ; le médium pense devoir ses réussites à l’influence des esprits qu’il évoque ou fait évoquer en son nom par d’autres suppôts et managers du diable, avec l’arrière-pensée cupide de s’en rendre maître et de pouvoir en disposer à volonté. L’un est mort au monde, l’autre s’exhibe. Blaise Cendrars, Le nouveau patron de l’aviation (p. 247) I Introduction La question de l’enlèvement est directement liée à celle du déplacement, si importante en psychanalyse. Proposée comme thème central de réflexion pour ce colloque, elle est aussi liée à une approche du mythe en termes de pratiques sociales. Repenser le mythe nous demande donc de repenser la question de la pratique. Cela pose plus généralement la question de la relation entre la pratique et la langue, dire et faire, et entre la pratique et la pensée, penser et faire. Pour reprendre la formulation d’Austin, si « dire c‘est faire », alors parler c’est d’abord faire acte de langage et la question de la pratique, d’un sens pratique, comme le disait Bourdieu, ne peut se dissocier de celle de la pratique/des pratiques du langage telles que chanter, parler, écrire... c’est-à-dire non seulement les effets des pratiques langagières sur les pratiques sociales, mais aussi les pratiques langagières comme pratiques sociales. Réduire le mythe à la parole, et la relation de l’homme au mythe à la pensée mythique en oubliant les pratiques, c’est oublier que la parole, et la pensée sont fondamentalement des pratiques. Elles sont des pratiques particulières, secondaires, issues de pratiques primaires antérieures. Pour parler en termes freudiens : parole et pensée sont des processus secondaires,