ARTICLE ORIGINAL Polynucl oses neutrophiles d'origine syst mique ou bact rienne : valeur discriminante de la C R active Prot ine ? J.L. DUPOND*, B. de WAZIERES*, P. MILLION*, Ph. HUMBERT*, R. GIBEY** / R6sum6 -- Une polynucl~ose neutrophile est fr~quente au cours des maladies syst~miques et est souvent source de confusion avec les maladies infectieuses. U n taux de C R~active Prot~ine (CRP) ~ 100 mg/I serait indicateur d'une infection bact~rienne dans plus de 80 % des cas. Le but de ce travail est de tester la valeur discriminante de la CRP dans les hyperleucocytoses d'origine bact~rienne ou sys- t~mique. Soixantes malades pr~sentant un syndrome inflammatoire avec neutro- philie ont ~t~ inclus dans I'~tude et r~partis en 2 groupes: le groupe I comportait 30 malades atteints : de maladie de HORTON, 9 cas; vascularites syst~miques, 6 cas ; cancer profond, 5 cas ; connectivites, 4 cas ; maladie de STILL, 4 cas. Le groupe II comportait 30 malades atteints de maladies infectieuses : septic~mies, 13 cas; pneumopathies bact~riennes, 12 cas; py~lon~phrites, 4 cas; chol~cystite, 1 cas. L'hyperleucocytose ~tait dans les 2 groupes > 12 O00/mm3 ; les valeurs moyennes de la CRP ~taient plusbasses dans le groupe I (75.3 ± 70) que dans le groupe II (153 :t: 61) ; (p < 0.01). Pour des valeurs > 100 mg/I la sp~cificit~ de la CRP en faveur d'une maladie infectieuse ~tait de 45 %, la sensibilit~ de 55 %, la valeur predictive positive de 66 % et la valeur predictive n~gative de 76 % ; la sp~cificit~ atteignait 65 % pour un taux de CRP > 150 mg/I et 74 % pour un taux de CRP > ~ 200 mg/I, mais de telles valeurs ~taient encore observ~es chez 4 ma- lades du groupe I. Nous concluons qu'en presence d'un syndrome inflammatoire avec neutrophUie la contribution diagnostique d'un taux de CRP ~ 100 mg/I en faveur d'une origine infectieuse est modeste; qu'h des taux > ~ 150 mg/I, la valeu r discriminante est meilleure, mais ne permet cependant pas d'~carter le diagnostic de certaines maladies syst~miques comme les vascularites ou la maladie de STI LL. Rev Med Interne 1990 ; I 1 : 289-292 Si la d6couverte d'une polynucl~ose neutrophile chez un malade f6brile doit t6gitimement orienter le diagnostic vers une maladie bact6rienne, il faut n~anmoins reconnaitre qu'une telle suggestion diagnostique est souvent prise en d6faut en M6decine Interne. De nombreuses affections sys- t~miques peuvent en effet s'accompagner d'une polynu- cl6ose neutrophile, souvent i mportante; l a malad ie de STILL de t adulte, lesyndrome de SWEET, la maladie de HORTON, lesvascularites syst6miques en sont ~ cet 6gard lesexemples les plus typiques. Le diagnostic diffOentiel entre ces 2 groupes d'affections est souvent difficile en raison de la similitude des tableaux cliniques (fi~vre, arthromyalgies, manifestations cutan~es, * Service de Mddecine Interne (Professeur J.L. DUPOND). ** Laboratoire de Biochimie M6dicale (ProfesseurJ.C. HENRY); CHU Jean Minjoz ; 25030 BESAN~ON Cddex. troubles respiratoires...). Aussi, l'~vocation d'une maladie syst~mique n'est-elle souvent faite qu'au terme d'un long cheminement bactOiologique ets~rologique. Or, laC R~ac- rive Prot~ine (CRP) est actuellement considO~e comme un bon marqueur de l'origine infectieuse d'un ~tat f~brile, tout au moins en cas de valeurs ~lev~es et KUSCHNER retient cet ~gard une origine bact~rienne dans plus de 70 % des cas lorsque les valeurs sont sup~rieures ~ I O0 mg/l (I, 2). Pour tester l'int~r~t du dosage de la CRP dans le diagnostic diff~rentiel entre les affections avec polynucl~ose neutrophile d'origine bact~rienne d'une part et syst~mique d'autre part, nous avons compar~ les valeurs de cette pro- t6ine dos6e avant tout traitement dans 2 groupes de malades atteints de I'une ou I'autre de ces affections. Re~:u le 20-1-1990 Renvoi pour correction le 11-4-1990 Acceptation definitive le 05-6-1990 1990 - Tome XI PolynucMoses neutrophiles d'origine systdmique ou bact~rienne : 289 Num~ro 4 valeur discriminante de la C R~active Prot~ine ?