1 Philosophie quantique Le monde est-il extérieur ? Michel Bitbol Éditions Mimésis, 2023 « Personne ne comprend la mécanique quantique ». Ce célèbre constat de Richard Feynman est désormais dépassé. Pour lever ce qu’on prend habituellement pour les « paradoxes » de la mécanique quantique, pour en faire une théorie claire et facilement compréhensible, il suffit de la voir autrement : non plus comme la représentation d’une réalité extérieure, mais comme un guide pour des agents cherchant à s’orienter parmi les phénomènes ni intérieurs ni extérieurs qu’ils font paraître par leurs coups de sonde expérimentaux. Ce renversement a été esquissé par Bohr dès 1927, avant d’être critiqué et presque oublié vers la fin du vingtième siècle. Mais il a été redécouvert et amplifié par les plus récentes audaces de la pensée physique, depuis l’approche quantique de l’information jusqu’au QBism (Bayésianisme Quantique), en passant par la théorie quantique du choix rationnel. Ne s’en tenant pas à la neutralité instrumentaliste, les créateurs du QBism avancent une philosophie de la connaissance et de notre situation étonnamment proche de celle des phénoménologies de l’incarnation (de Merleau-Ponty à Barbaras et Bégout). Selon l’idée neuve de la connaissance, l’être ne se présente pas à nous comme un unique objet à voir ; ce sont au contraire nos multiples visions qui naissent du cœur éprouvé de l’être. Et selon l’idée neuve de notre situation, nous ne sommes ni des contemplateurs ni des parties du monde ; nous sommes le mouvement même par lequel un monde s’auto-objective.