Stratégies de légitimation et autoritarisme au Zimbabwe : comment Mugabe investit le symbolique pour légitimer le recours à la violence depuis l'année 2000 Claske Dijkema Résumé Cet article se propose d'analyser les stratégies de légitimation du parti de Robert Mugabe, le Zanu-pf, dans le Zimbabwe contemporain. Les quatre répertoires dans lesquels le parti puise sa légitimité encore aujourd’hui sont directement issus de la lutte armée de libération : la guerre pour l'indépendance, l'importance attribuée à la terre, la menace perpétuelle des aspirations néo-impérialistes de l'Occident et une approche restrictive de l'identité nationale. En ne cessant d'évoquer cette lutte qui a conduit le Zanu-pf au pouvoir, celui-ci instaure une continuité symbolique et légitime des modalités militaires de l'exercice du pouvoir. Le leadership du parti se présente comme la protection contre un ennemi qui reste toujours présent dans les esprits. Summary This article aims to analyze the legitimisation strategies of the party of Robert Mugabe, the Zanu-pf, in contemporary Zimbabwe. The four répertoires on which the party draws to legitimize its rule are directly linked to the liberation struggle: the war fought for independence, the importance attributed to land, the perpetuated threat of the West's neo-imperialist aspirations and an exclusive approach to national identity. By continuing to evoke the historic struggle, the ruling party creates a symbolic continuity and legitimises its military approach to the exercise of power. The party leadership presents itself as a protection against an enemy that is still very present in people's minds. Introduction Arrivé au pouvoir en 1980 à l'issue d'une lutte armée qui mit fin au gouvernement blanc de Ian Smith, le Zanu-pf 1 exerce son autoritarisme par la répression de l’opposition et une politique de redistribution des terres ayant conduit à l’expropriation des fermiers blancs 2 . En 2000, le Zanu-pf a connu sa première défaite électorale au référendum constitutionnel, qui donna lieu à une crise politique qui demeure aujourd'hui. Ce rejet était le résultat direct de la mobilisation organisée par le MDC 3 , le parti politique qui était né l'année précédente d'une coalition des organisations de la société civile. Le MDC est le premier parti de l'opposition à représenter une réelle menace pour le Zanu-pf depuis son accession au pouvoir. En ouvrant le débat sur le contenu des termes ‘libération’, ‘démocratie’ et ‘liberté’, l'opposition et plus généralement la jeune génération occupe une place grandissante dans l'espace public. L'opposition a de plus en plus accès aux zones rurales, principalement du fait que les enfants des campagnes vont étudier dans les villes ; or ce nouveau public permet au MDC d'organiser des rassemblements dans ces régions et ainsi d'introduire des insignes et des symboles qui le rendent visible. Malgré cela, le pouvoir d'attraction de l'opposition repose essentiellement sur sa capacité à proposer un changement mais elle n'est pas considérée comme une alternative viable, surtout depuis la signature en 2009 d'un accord politique (le Global Political Agreement) par Tsvangirai et Mugabe qui organise le partage du pouvoir entre le MDC et le Zanu-pf dans un gouvernement de coalition au sein duquel le premier est perçu comme assujetti au second. L'association du parti d'opposition au pouvoir après les violences électorales de 2008 a affaibli le soutien populaire à l'opposition. La cooptation de l'opposition 1 Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique. 2 Le Zanu-pf est arrivé au pouvoir par les urnes, suite à l'accord de paix (Lancaster House Agreement) qui mit fin à la lutte d'indépendance au Zimbabwe en 1979. 3 Mouvement pour un changement démocratique.