Revue Générale Médecine Tropicale • 2004 • 64 • 2 199 L e virus Ebola a été pour la première fois identifié dans le Sud Soudan en 1976. Plusieurs autres épidémies se sont produites encore au Soudan, au Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), au Gabon, en Côte d’Ivoire, en Ouganda, mais aussi dans des laboratoires aux Etats-Unis et aux Philippines (1- 5). C’est un virus à ARN monocat é n a i reap p a rtenant à la famille des Filoviridae et au genre Filovirus. Il existe géné- tiquement 4 sous-types différents : Zaïre, Soudan, Côte d’Ivoire et Reston. Les isolats provenant des épidémies gab o- naises sont très proches du sous-type Zaïre (1). Les écosys- tèmes fo re s t i e rs sont souvent le cadre de l’infection. Dans ses écosystèmes, la saison des pluies joue un rôle favo risant. Le vecteur et le réservoir de virus ne sont pas pour l’heure connus. Cependant, il est constaté, du moins lors des épidé- mies gabonaises, une atteinte préalable des grands primates non humains. Au cours des deux dernières épidémies, les cas index humains étaient des ch a s s e u rs. La chasse est l’une des principales activités des populations du Nord Est du Gab o n . Les activités de chasse peuvent donc être considérées comme un des facteurs de risque de survenue de l’épidémie car à l’origine du contact de l’homme avec les primates infectés. RÉSUMÉ • La Fi è v re hémorragique virale à virus Ebola se manife s t e, après une incubation de 3 jours à 3 semaines, par une fièvre accompagnée de signes généraux et hémorragiques aboutissant dans 50-90% des cas au décès. En période épidémique, la définition des cas permet de faire rapidement le diagnostic. Du fait de son extrême conta- giosité et du risque important de transmission nosocomiale, la prise en ch a rge est basée sur l’isolement des malades et l’instauration de soins protégés. La désinfection des mains et du matériel souillé est souvent faite grâce à l’hy- pochlorite de Na. Les déchets provenant des malades sont détruits par incinération, après décontamination. Le t raitement est essentiellement symptomat i q u e. Il n’existe encore aucun vaccin. Les sujets ayant été en contact étroit avec des malades sont surveillés cliniquement pendant 21 jours. L’usage des préservatifs est recommandé aux conva- lescents pendant trois mois. Les malades décédés sont pris en charge par une équipe spécialisée et rapidement inhu- més. MOTS-CLÉS • Ebola - Fièvre hémorragique - Prise en charge. PRACTICAL GUIDELINES FOR THE MANAGEMENT OF EBOLA INFECTED PATIENTS IN THE FIELD ABSTRACT • Ebola hemorrhagic fever appears after an incubation of 3 days to 3 weeks. The first symptoms are fever accompanied by general and hemorrhagic signs leading to death in 50 to 90% of cases. During epidemics definition of cases permits prompt diagnosis. Due to the high risk of person-to-person and nosocomial transmis- sion associated with Ebola hemorr h agic fever, m a n agement is based on isolation of patients and institution of pro- tected care. Hands and soiled mat e rial are often decontaminated using sodium hypochlorite. Patient waste is decon- taminated and incinerated. Treatment is essentially supportive. There is currently no vaccine available. Persons having been in close contact with patients should be kept under medical surveillance for 21 days. Recove ring patients should use condoms for three months. Bodies of deceased patients should be handled by trained teams and buried quickly. KEY WORDS • Ebola - Hemorrhagic fever - Management. Revue Générale Med Trop 2004 ; 64 : 199-204 RECOMMANDATIONS PRATIQUES POUR LA PRISE EN CHARGE SUR LE TERRAIN DES PATIENTS INFECTÉS PAR LE VIRUS EBOLA D. NKOGHÉ, P. FORMENTY , S. NNÉGUÉ, M. TOUNG M, I. HYPOLITE, P. LÉONARD, E. LEROY ET LE COMITÉ INTERNATIONAL DE COORDINATION TECHNIQUE ET SCIENTIFIQUE • Travail du Ministère de la Santé Publique (D.N., Docteur en médecine, Interniste,Infectiologue, Epidémiologiste; M.T.M., Docteur en médecine, Spécialiste en santé publique ; I.H., Docteur en médecine, Pneumologue), Librev i l l e, Gabon, de l’Orga n i s ation Mondiale de la Santé (P.F., Docteur vétérinaire, Epidémiologiste), Genève, Suisse, du Département de Santé P u blique et Epidémiologie (S.N., Docteur en médecine, Epidémiologiste) Faculté de Médecine. Libreville, Gabon, du Département de Médecine Interne (P.L., Docteur en médecine, Interniste, Infectiologue), Université de Liège, Belgique et du Centre International de Recherches Médicales (E.L., Docteur ès sciences, Chef de l’unité des maladies émergentes et réémergentes), Franceville- Gabon. • Correspondance : D. NKOGHE, Programme National Tuberculose, BP 5879, Libreville, Gabon • Fax : +241 77 57 14 • • E- mail : dnkoghe@hotmail.com • • Article reçu le 22/10/2002, définitivement accepté le 18/05/2004.