LITTÉRALISATION DU FIGURÉ ET (DÉ)MONSTRATION FANTASTIQUE. « VÉRA » ET « SĂRMANUL DIONIS » (LE PAUVRE DIONIS) Adriana APOSTOL silvadius@yahoo.com Université de Pitesti Résumé Les figures jouent dans le fantastique un double rôle: au niveau textuel et au niveau fictionnel. L’usage textuel du langage figuré est certes une propriété du discours littéraire en général, une caractéristique plutôt commune des textes littéraires mais aussi une marque stylistique individuelle qui tient au style propre de tel ou tel écrivain. L’intérêt au discours figuré dans le fantastique vient du fait que le fantastique y trouve conjointement sa matérialisation textuelle et fictionnelle. Le discours figuré est porteur de valences à effet spécial dans le récit fantastique, puisqu’il est chargé de mettre devant le lecteur la possibilité de l’impossible, de revêtir le texte d’un manteau magique qui mette le lecteur en contact avec le mystère, l’inexplicable, le bizarre, le magique. Dans ce travail nous allons nous arrêter sur une situation spéciale qui met en jeu la littéralisation du figuré au niveau macrofictionnel où la monstration fantastique devient aussi démonstration fantastique. L’une des stratégies fictionnelles du fantastique est de développer « l’embryon » ou « l’esquisse de fiction » qu’est la figure 1 . La métaphore « Achille est un lion», que nous empruntons à Gérard Genette, est une petite fiction, si on la prend à la lettre, car « la métaphore, et plus généralement la figure, ou du moins les figures par substitution comme la métaphore ou la métonymie, l’antiphrase, la litote ou l’hyperbole, sont des fictions verbales et des fictions en miniature » 2 . Entre la figure et la fiction il y aurait donc une relation de type diachronique 3 , car prendre au sérieux une figure devient source de fiction : 1 Nous empruntons les termes à G. Genette dans sa théorie de la métalepse et le rapport entre la figure et la fiction. Genette, G., Métalepse. De la figure à la fiction, Editions du Seuil, Coll. Poétique, Paris, 2004, p. 17 2 Ibidem, p. 18 3 Tz. Todorov voit dans le discours figuré l’origine du fantastique : « Si le fantastique se sert sans cesse des figures rhétoriques » dit-il, « c’est qu’il y a trouvé son origine. Le surnaturel naît du langage, il en est à la fois la conséquence et la preuve : non seulement le diable et les vampires n’existent que dans les mots, mais aussi seul le langage permet de concevoir ce qui est toujours absent : le surnaturel. Celui-ci devient donc un symbole du langage, au même titre que les figures de rhétorique, et la figure est […] la forme la plus pure de la littéralité. » Todorov, Tz., Introduction à la littérature fantastique, Editions du Seuil, Paris, 1970, pp. 86 -87