J. Neuroradiol., 2004, 31, 376-378 © Masson, Paris, 2004 Dossier thématique MALFORMATIONS ARTÉRIOVEINEUSES INTRACÉRÉBRALES ET GROSSESSE : QUELLE PRISE EN CHARGE ? M. PIOTIN, C. MOUNAYER, L. SPELLE, J. MORET Service de Neuroradiologie Interventionnelle, Hôpital de la Fondation Ophtalmologique Adolphe de Rothschild, Paris. RÉSUMÉ Les malformations artério-veineuses (MAV) diagnostiquées durant la grossesse sont rares. Après un rappel épidémio- logique, nous décrivons les spécificités médicales du traitement des patientes gravides porteuses de MAV. Bien qu’il n’existe pas de recommandations unanimes, nous décrivons plusieurs situations cliniques pour lesquelles des stratégies thérapeuti- ques sont proposées. La prise en charge thérapeutique des MAV doit être dictée par des considérations neurochirurgicales ou neuroradiologiques comme on le ferait chez les autres patients, tout en gardant à l’esprit que tout traitement agressif non urgent doit être différé après la grossesse. Mots-clés : malformation atérioveineuses, grossesse. SUMMARY Cerebral arteriovenous malformations and pregnancy: management of a dilemma Cerebral arteriovenous malformations (AVM) infrequently complicate pregnancy. The epidemiology and various treatment options of AVM complicating pregnancy are outlined. Although the medical treatment of the pregnant patient with an AVM is similar to that of nonpregnant patients, there are specific conditions that are relevant to these patients. Due to its rarity, no specific recommendations exist for the management of the pregnant AVM-patients. We propose some guidelines for the eval- uation and treatment of pregnant patients with AVM. Key words: arteriovenous malformations, pregnancy. INTRODUCTION Les données de la littérature indiquent que la très grande majorité des accidents vasculaires surve- nant au cours de la grossesse sont d’origine ischémi- que et secondaires à des occlusions artérielles (embolies d’origine cardiaque, dissections). La plu- part de ces accidents vasculaires, qu’ils soient de nature ischémique ou hémorragique, ont lieu pen- dant le troisième trimestre de la grossesse ou durant l’accouchement [5]. Les hémorragies intracérébrales d’origine anévrismale ou secondaire à la rupture d’une malformation artério-veineuse (MAV) sont, à elles seules, responsables de 5 à 12 % de la morta- lité maternelle. Celles-ci surviennent dans 92 % des cas avant l’accouchement, et seulement dans 8 % des cas durant la période du post partum. Les rup- tures anévrismales représentent à elles seules près de 77 % des hémorragies tandis que les saignements secondaires à la rupture de MAV ne concernent que 23 % des saignements intracrâniens [1]. Les femmes qui saignent pendant la grossesse en rap- port avec la rupture d’une MAV sont généralement plus jeunes que celles qui saignent d’un anévrisme. DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES Le risque hémorragique pour les femmes encein- tes porteuses d’une MAV sans antécédent hémorra- gique préalable est estimé à 0,035 % par an et par femme contre 0,031 % par an pour les femmes non- enceintes en âge de procréer. Il en résulte que le ris- que de saignement d’une femme porteuse d’une MAV est de 3,5 % pendant la grossesse, contre un risque de 1 à 2 % dans le reste de la population por- teuse d’une MAV ; il convient dans conclure que la grossesse n’est pas un facteur de risque significatif d’hémorragie chez ces patientes qui n’ont pas encore saigné [3]. Par contre, le risque d’un nouvel épisode hémorragique avant le terme de la gros- sesse après la rupture d’une MAV durant la gros- sesse est estimé à 27 % [8]. D’autre part, il semble que le risque de saignement soit plus corrélé à l’âge qu’à la parité ; autrement dit, le risque hémorragi- que s’accroît avec l’âge de la mère mais pas avec le nombre de grossesse. Quand elle survient, cette hémorragie a lieu plus volontiers durant les deuxième et troisième trimestres que pendant la période du post-partum. Le travail et la délivrance n’augmente- raient pas le risque de saignement chez les femmes qui n’ont pas encore saigné [9]. DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS DE L’HÉMORRAGIE INTRACÉRÉBRALE Le principal diagnostic différentiel de l’hémorra- gie intracérébrale est l’éclampsie gravidique. Géné- ralement, l’éclampsie est précédée d’œdèmes, de prise de poids rapide et d’une protéinurie. Le scan- ner cérébral sans injection permettra de faire le dia- gnostic d’hémorragie intracérébrale. Les très rares choriocarcinomes placentaires peuvent provoquer des métastases cérébrales à potentiel également hémorragique [2]. Tirés à part : M. PIOTIN, à l’adresse ci-dessus. © 2022 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. - Document téléchargé le 18/10/2022 Il est interdit et illégal de diffuser ce document.