© Cultures d’Europe centrale n o 4 (2004) « GALIZIEN, GALICJA, GALITSYE, HALYTCHYNA » : LE MYTHE DE LA GALICIE, DE LA DISPARITION À LA RÉSURRECTION (VIRTUELLE) Delphine BECHTEL (Université Paris IV Sorbonne et CIRCE) 1 En 1924, quelques années après la fin des hostilités qui ont suivi la Première Guerre mondiale à l’est de l’Europe, le jeune journaliste Jo- seph Roth se rend en Galicie pour y écrire un reportage sur sa contrée natale. Il écrit : « La Galicie est dans la solitude du bout du monde, et cependant elle n’est pas isolée ; elle est proscrite, mais non coupée du reste de l’univers ; il y a en elle plus de culture que ne le laissent supposer ses égouts défectueux ; beaucoup de désordre, et encore plus d'étrangeté. Beaucoup l’ont connue du temps de la guerre, mais la Galicie cachait alors son vrai visage. Ce n'était pas un pays, mais une étape ou le front. Or elle a sa gaieté propre, ses chants et ses gens bien à elle, et son éclat particulier, la splendeur triste des outragés. 2 » Joseph Roth a à peine 30 ans, la Galicie orientale n’est officiellement polonaise que depuis trois ans (1921), après de sanglants combats qui ont opposé les Autrichiens aux Russes, puis les Polonais aux Ukrainiens et à l’Armée rouge. Pourtant, on trouve dans son reportage tous les 1 Les recherches pour cet article ont pu être menées grâce à une bourse du Deutsches Historisches Institut, Varsovie. Je remercie ici son directeur, Klaus Ziemer, et le con- servateur de la bibliothèque, Hans-Jürgen Bömelburg, pour leur aide et soutien. 2 Expression soulignée : « den traurigen Glanz der Geschmähten », Joseph Roth, Werke, t. 2 Das journalistische Werk 1924-1928, Cologne, Kiepenheuer& Witsch, 1990, p. 285; trad. fr. (modifiée), Croquis de voyages. Récits, Paris, Seuil, 1994, p. 337.