STUDIA ROMANISTICA 8 (2008): 107-112 UNIVERSITAS OSTRAVIENSIS ACTA FACULTATIS PHILOSOPHICAE LA SITUATION LINGUISTIQUE ET LA POSITION DE LA LANGUE FRANÇAISE EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Jaromír Kadlec Université Palacký d’Olomouc 1. Situation géographique D’une superficie de 622 436 km 2 , la République centrafricaine est un pays enclavé, situé au cœur du continent africain. Il est limité au nord par le Tchad, à l’est par le Soudan, au sud par la République démocratique du Congo (Congo-Kinshasa) et la République du Congo (Congo- Brazzaville) et à l’ouest par le Cameroun. La côte la plus proche se trouve à 500 km de la frontière centrafricano-camerounaise. 2. Histoire Il existe très peu d’informations sur l’histoire ancienne de la République centrafricaine. La plupart des ethnies vivant aujourd’hui dans ce pays s’y est établie à partir de la deuxième moitié du XVIII e siècle. Au XIX siècle, la région a été ravagée par la traite des Noirs, particulièrement dans le pays banda soumis aux expéditions arabes. Les premiers explorateurs ont découvert la région dans les années soixante-dix et quatre- vingts du XIX e siècle. En 1889, les Français ont créé le poste appelé Bangui (capitale de la République centrafricaine). En 1905, l’Oubangui-Chari est devenu une colonie française, intégrée en 1910 avec le Tchad à l’Afrique-Équatoriale Française dont le siège était à Brazzaville. Le nombre des Européens présents au début de la colonisation n’était pas très élevé. En 1906, l’Oubangui-Chari ne comptait que 148 Européens, en 1911 la colonie totalisait 348 Blancs, mais en 1921 le nombre des Européens a baissé à 261. En 1926, 327 Européens, dominant un million de Noirs, vivaient dans la colonie. Les colonisateurs français appliquaient dans le pays la politique d’assimilation et ont imposé le français comme la seule langue d’enseignement dans les écoles centrafricaines. Mais la politique d’assimilation par l’école n’a pas eu beaucoup de succès et la diffusion de la langue française dans la colonie était extrêmement lente et difficile. La présence française se limitait à des postes peu nombreux et le reste du pays était contrôlé par des chefs locaux. De plus, les missionnaires catholiques ne respectaient pas les ordres de l’administration coloniale et christianisaient la population locale en sango. Ils n’avaient pas pour objectif principal de propager le français mais d’évangéliser la population centrafricaine. Outre les missionnaires catholiques francophones, des missionnaires des pays anglo-saxons ou scandinaves ne maîtrisant pas bien la langue des colonisateurs français travaillaient dans la région. Peu nombreux étaient les Africains fréquentant les écoles administrées par l’État français, créées en Afrique-Équatoriale Française après 1911 et les effectifs n’ont augmenté qu’après la Seconde Guerre mondiale. La plupart des élèves ont fréquenté l’école 3 ou 4 ans, au maximum, et leurs connaissances en français n’étaient pas suffisantes. Le nombre d’élèves dans les écoles situées dans toute l’Afrique-Équatoriale Française (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari et Tchad) est indiqué dans le tableau suivant :