84 L’aide aux migrants : une solidarité qui (dé/re) politise les inégalités globales ? DANIELA TRUCCO L’autrice est chercheuse à l’École française de Rome, à l’Université Côte d’Azur et à l’Institut Convergences Migration. Ce texte permet de voir comment l’espace européen est devenu le théâtre de diverses mobilisations aux frontières envers les personnes migrantes. À travers son étude portant sur la frontière franco- italienne, l’autrice présente différents répertoires d’action, allant de la contestation militante des collectifs No Border à des mobilisations citoyennes de solidarité. Cette lecture a le mérite de nous montrer ce qui se joue à la frontière en prenant en considération la multiplicité des acteurs et des positionnements qui contestent les politiques migratoires contemporaines. Au lieu d’établir une typologie des différentes mobilisations, l’autrice propose de cartographier un espace dynamique et circulatoire entre les personnes et les discours, espace de solidarité qui se rejoint autour de l’objectif central de donner un sens politique à l’enjeu frontalier. E n Europe, les mobilisations fustigeant les politiques migra- toires restrictives et sécuritaires ne datent pas d’hier : il suffit de penser aux décennies de « luttes des sans-papiers » 1 ou encore à la grande « marche des migrants » qu’ouvrait le contre-sommet du G8 de Gênes en 2001 sous le slogan « nous sommes tous des clandestins ». Pourtant, c’est surtout à partir du long été des migrations de 2015 que l’attention des médias et de la recherche en sciences sociales est retenue par la solidarité aux exilés 2 , entendue comme l’ensemble d’ac- tions d’aide et de soutien portées – par des organisations, associations, églises, collectifs et simples citoyens – aux personnes précarisées par les 1. Thierry Blin, L’invention des sans-papiers. Essai sur la démocratie à l’épreuve du faible, Paris, PUF, 2010. 2. Tout en ayant conscience des enjeux terminologiques sous-jacents, nous utiliserons ici de manière interchangeable les termes exilés, réfugiés et migrants pour indiquer toutes ces per- sonnes défavorisées par le système post-colonial des inégalités globales de nationalité, et qui sont entravées, précarisées ou criminalisées dans leur mobilité par les politiques migratoires européennes. Nous parlons également de personnes illégalisées pour souligner une condition de fragilité et d’exclusion juridiques engendrée par ces mêmes politiques. DES ACTES D’HOSPITALITÉ AU QUÉBEC ET EN FRANCE