Temps réel et simulation Pierre Lévy Q uel serait le type d'espace-temps sécrété par l'informatisation? L'antique manière d'inscrire les signes convenait au citadin ou au paysan. L'ordinateur et les télécommunications corres- pondent au nomadisme des mégapoles et des réseaux internationaux. L'informatique ne redouble pas, comme le faisait l'écriture, l'inscription sur le territoire, elle sert la mobilisation permanente des hommes et des choses qui a peut-être commencé avec la révolution industrielle. L'écriture était l'écho sur un plan cognitif de l'invention agraire du délai et du stock. L'informatique, au contraire, participe au travail de résorption d'un espace-temps social visqueux, à forte inertie, au profit d'une réorganisation permanente et en temps réel des agencements socio-techni- ques: flexibilité, flux tendu, zéro stock, zéro délai. On pourrait croire au premier abord que l'informatique poursuit, grâce par exemple aux banques de données, le travail d'accumulation et de conservation accompli par l'écriture. Ce serait méconnaître les principales finalités de la plupart des banques de données. Celles-ci n'ont pas vocation à contenir toutes les connaissances vraies sur un sujet mais l'ensemble du savoir utilisable par un client solvable. Il s'agit moins de diffuser des lumières auprès d'un public indéter-