J Fr. Ophtalmol., 2007; 30, 7, 697-701
© 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés
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ARTICLE ORIGINAL
Efficacité de la ciclosporine A en collyre à 2 %
en tant qu’épargneur de corticoïdes
dans le traitement de la kératoconjonctivite vernale
corticodépendante
S. Doan (1), E. Gabison (1), O. Abitbol (1), D. Gatinel (1), F. Chast (2), T. Hoang-Xuan (1)
(1) Service d’Ophtalmologie, Hôpital Bichat Claude-Bernard et Fondation A de Rothschild, Paris.
(2) Pharmacie, Hôtel-Dieu, Paris.
Correspondance : S. Doan, Service d’Ophtalmologie, Hôpital Bichat Claude-Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris.
E-mail : serge.doan@bch.aphp.fr
Reçu le 26 septembre 2006. Accepté le 4 avril 2007.
Efficacy of topical 2% cyclosporine A as a steroid-sparing agent in steroid-
dependent vernal keratoconjunctivitis
S. Doan, E. Gabison, O. Abitbol, D. Gatinel, F. Chast, T. Hoang-Xuan
J. Fr. Ophtalmol., 2007; 30, 7: 697-701
Introduction: Vernal keratoconjunctivitis (VKC) is responsible for severe conjunctival and cor-
neal inflammation that often requires topical steroids. Steroid dependency is not rare and can
lead to unacceptable complications. The aim of this study was to analyze the efficacy of 2%
cyclosporine eye drops (CsA) as a steroid-sparing agent in steroid-dependent VKC.
Patients and methods: In this noncomparative interventional case series, 18 steroid-dependent
VKC patients (17 males, 1 female; mean age, 13 years old) received 2% CsA qid. Topical steroids
were associated at decreasing dosage for 1 week and stopped if possible. Efficacy was graded
at 1 and 3 months on symptoms, signs and steroid use. Local and systemic tolerability (cyclospo-
rinemia, creatininemia) was also assessed.
Results: After 1 month, inflammation was controlled without steroids in 11 cases (61%). Low-
dose steroids were still necessary to control the disease in four cases (22%). In three cases
(17%), the disease was not controlled despite high-dose steroids. At 3 months, results were
similar. All patients whose inflammation was partially controlled or not controlled by CsA had
active extraocular atopic diseases. Local and systemic tolerability was excellent.
Conclusions: Topical 2% cyclosporine is inconstantly effective in steroid-dependent VKC.
However, this treatment allows for a partial or total reduction of steroids in most cases.
Key-words: Vernal keratoconjunctivitis, cyclosporine, immunosuppressive drugs, children,
allergy.
Efficacité de la ciclosporine A en collyre à 2 % en tant qu’épargneur de corticoïdes
dans le traitement de la kératoconjonctivite vernale corticodépendant
Introduction : La kératoconjonctivite vernale est responsable d’inflammations conjonctivales
et cornéennes sévères, nécessitant souvent une corticothérapie locale. Une cortico-dépendance
n’est pas rare, faisant courir le risque de complications iatrogènes. Le but de cette étude est
d’étudier l’efficacité de la ciclosporine A en collyre 2 % (CsA) en tant qu’agent épargneur de
corticoïdes chez des patients atteints de kératoconjonctivite vernale sévère corticodépendante.
Patients et méthodes : Dans cette étude non comparative, 18 patients (17 garçons, 1 fille,
d’âge moyen 13 ans) atteints de kératoconjonctivite vernale corticodépendante ont été traités
par CsA 2 % (1 goutte 4 fois par jour). Les corticoïdes locaux restaient associés à dose décrois-
sante pendant 1 semaine et étaient arrêtés si possible. L’efficacité a été jugée à 1 et 3 mois
sur les symptômes, l’inflammation cornéo-conjonctivale, et les doses de corticoïdes nécessaires.
La tolérance locale et systémique (ciclosporinémie, fonction rénale) a été évaluée.
Résultats : À 1 mois, la CsA a eu une efficacité complète dans 11 cas (61 %) avec contrôle
de l’inflammation, et sevrage complet en corticoïdes. L’efficacité a été partielle dans 4 cas
(22 %), permettant une réduction partielle des doses de corticoïdes locaux avec bon contrôle
INTRODUCTION
La kératoconjonctivite vernale (KCV)
est une maladie de l’enfant touchant
plutôt les garçons et guérissant en
général à la puberté. Elle est respon-
sable d’une inflammation conjoncti-
vale chronique évoluant par poussées
souvent estivales. Le retentissement
des symptômes (prurit intense, pho-
tophobie, brûlure, larmoiement, sen-
sation de corps étranger, sécrétions)
est souvent très handicapant pour
les enfants, avec une altération de la
qualité de vie et des activités quo-
tidiennes, en particulier scolaires. La
KCV se caractérise cliniquement par
la présence de papilles géantes au
niveau de la conjonctive tarsale su-
périeure et/ou plus rarement d’un
bourrelet limbique inflammatoire. Sa
gravité est liée aux complications cor-
néennes fréquentes à type de kératite
ponctuée, ulcères vernaux et plaques
vernales qui peuvent laisser des taies
séquellaires.
La KCV est classiquement considé-
rée comme une maladie allergique
avec hypersensibilité immédiate IgE
médiée. Cependant, seuls 50 % des
enfants présentent une atopie clinique
ou biologique [1]. La physiopathogé-
nie de la KCV est en fait multifacto-
rielle, faisant intervenir entre autres
une hyperactivation du système lym-
phocytaire TH2, une activation des
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