Thiers-sur-Thève, une ville-neuve médiévale inconnue ? Publication électronique dans Les Tablettes de la Société dHistoire et dArchéologie de Senlis, n° 116, octobre 2023, Gilles Bodin dir. p. 3-5. Les origines de Thiers-sur-Thève (Oise) sont, comme pour la plupart des villages, assez mystérieuses. L’église Saint -Martin ne présente aucun vestige antérieur à la guerre de Cent Ans 1 . Le château ne semble pas remonter au-delà du XIII e siècle. La Carte Archéologique de la Gaule, dressée par G. P. Woimant, n’y signale aucune découverte archéologique, ce qui est rarissime. Emile Lambert 2 suggère que le village se nommait vers 1040 Tertiam terram (qui pourrait signifier « le troisième terroir » ou « le tiers du terroir », mais le toponymiste ne donne pas de référence pour cette mention particulièrement précoce 3 ) puis Tertia en 1163 d’après un titre de l’évêché de Senlis, Tertium en 1200, Tiert en 1222, Tierz en 1243… et qu’il se dresse au bord de la rivière Thève (Tuva en 798 d’après le cartulaire de l’abbaye de Saint -Denis, Aise en 1145 (confusion avec l’Oise ?) puis, alternance de forme en Teve et en Aise). Peut-on retrouver des origines plus anciennes à ce joli village ? Le château de Thiers, en calcaire sur bases de grès, aurait été construit par Thibault de Beaumont-Gâtinais, seigneur de Pontarmé et de Neuf-Marché (76) et son épouse Jeanne, dame de Luzarches. Il est envisageable que toute la zone soit auparavant une dépendance de la puissante famille des Bouteillers, Jeanne étant la fille de Raoul le Bouteiller, seigneur de Luzarches et Coye mort en 1250 4 . Après la mort de Thibault, ses héritiers vendent la mezon de Thierz en 1276 à Renaud de Nanteuil, évêque de Beauvais 5 , avec un moulin derrière le château (sur la Thève), un autre moulin à Neufmoulin et un vivier de 80 arpents dont 3 en eau. Renaud rétrocède le domaine dès 1279 à la mense épiscopale. Les évêques utilisaient probablement le château comme relais 1 VERMAND Dominique : http://www.eglisesdeloise.com/monument/thiers-sur-theve-eglise-saint-martin/ 2 LAMBERT Émile, Dictionnaire topographique du département de l'Oise, Musée de Picardie, Amiens, 1982. 3 M. Roblin y voit quant à lui une « troisième borne milliaire » (ad tertium lapidem), arguant que trois lieues gauloises séparent le village de la chaussée Brunehaut à Senlis. La lieue gauloise durant l’Antiquité est de 2222 m, tandis qu’on pense que celle précédant la conquête mesurait entre 2400 et 2500 m. Sachant que 6110 m à vol d’oiseau séparent Thiers de l’arrivée de la chaussée Brunehaut à Senlis (près de la gare), on aurait donc 2.75 lieues ou 2.54 ou 2.44 selon la mesure de la lieue retenue… (ROBLIN, Michel, Le terroir de l'Oise aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1978). 4 Association GENEVT, Thiers-sur-Thève, le château, slnd, Archives du PNR Oise Pays de France, cote PHIS 9.2.7.1 HIS, p. 3 et https://gw.geneanet.org/flokty?lang=fr&n=le+bouteiller+de+senlis&oc=0&p=raoul 5 GRAVES, Louis, Précis statistique du canton de Senlis, Librairie Guénégaud, Paris, s. d., rééd. De 1855, p. 183.