Hiatus, lacunes et absences : identifer et interpréter les vides archéologiques Hiatus, lacuna and absences: identifying and interpreting archaeological gaps Actes du 29 e Congrès préhistorique de France 31 mai-4 juin 2021, Toulouse La fabrication des poteries : quelles structures, quels outils, quels lieux de production ? Session publiée sous la direction de Marie Philippe, Marie Charnot et Olivier Lemercier Paris, Société préhistorique française, 2023 p. 129-144 Production et statut de la céramique funéraire dans le royaume de Kerma (Soudan, 2550-1500 av. J.-C.) Production and Status of Funerary Pottery in the Kerma Kingdom (Sudan, 2550-1500 BC) Matthieu Honegger Résumé : Dans la vallée du Nil, et plus précisément en Nubie, l’artisanat de la céramique se distingue dès le Néolithique par l’in- vestissement dans les décors, le traitement de la surface et la variété des formes. C’est notamment dans le royaume de Kerma que cet artisanat atteint une qualité rarement égalée, avec le développement d’une céramique fne, rouge à bord noir, polie et souvent munie de décors d’une diversité étonnante. Les travaux menés depuis des décennies par la mission archéologique suisse à Kerma ont permis de dégager, sur plus de 20 hectares, la capitale de ce premier royaume nubien, située au sud de la troisième cataracte du Nil, et de mener des recherches dans différents secteurs de la nécropole royale qui lui est associée. Cette approche croisée a permis de montrer que la céramique fne la plus élaborée de la phase ancienne du royaume (2550-2050 av. J.-C.) était exclusivement réservée à un usage funé- raire et était quasiment absente de l’habitat. Si la découverte de fours dans la ville et de tombes de potières dans la nécropole apporte des précisions quant à la chaîne opératoire, ce sont la diversité des décors et la contextualisation de ces céramiques fnes qui permettent de proposer des hypothèses quant à leur fonction sociale. Mots-clés : céramique fne, chaîne opératoire, rites funéraires, protohistoire, vallée du Nil, Nubie. Abstract: In the Nile Valley, and more precisely in Nubia, the pottery craft has been characterized since the Neolithic period by its investment in decoration, surface treatment and variety of forms. It is notably in the kingdom of Kerma that this craft reaches a quality rarely equaled with the development of fnewares, red with a black edge, polished and often provided with an astonishing diversity of decorations. The work carried out for decades by the Swiss archaeological mission at Kerma has led to the clearing of more than 20 hectares of the capital of this frst Nubian kingdom, located south of the thirdcataract, and to conduct research in different sectors of the royal necropolis that is associated with it. This cross-cutting approach made it possible to show that the most elaborate fnewares of the early phase of the kingdom (2550-2050 BC) were exclusively reserved for funerary use and were practically absent from the town. While the discovery of kilns in the city and of potters’ tombs in the necropolis provide details of the production process, it is the diversity of the decorations and the contextualization of these fnewares that make it possible to propose hypotheses concerning their social function. Keywords : Fineware, chaîne opératoire, funeral rites, protohistory, Nile valley, Nubia. K erma est une localité située à une quinzaine de kilo- mètres au sud de la troisième cataracte du Nil et à plus de 600 kilomètres au nord de Khartoum. Ouverte sur la plus vaste plaine alluviale de Haute Nubie (1) , cette bourgade a donné son nom au premier royaume d’Afrique subsaharienne, à la suite des travaux qui s’y déroulèrent au début du xx e siècle sous la conduite de l’archéologue américain G. A. Reisner (1923). Sur la rive droite du Nil, il mit au jour les restes d’un vaste établissement, accom- pagné d’une nécropole royale située 4 kilomètres à l’est (Cimetière oriental). C’est justement sur la nécropole qu’il porta ses efforts de 1913 à 1916. Il y fouilla plus de 1 000 tombes, dont la majorité des grands tumulus qui caractérisent les tombes royales de la dernière époque