C hez les animaux reeler, les neurones centraux sont engendrés au bon moment et en nombre normal. Ils migrent initialement dans la bonne direction le long des fibres gliales radiaires mais, une fois arrivés à proximité de leur destination, ils ne parviennent pas à s’ordonner correc- tement. Le phénotype reeler et le gène reelin Le phénotype est le plus évident au niveau du cervelet, qui est atrophié et dont le cortex est pratiquement lisse. L’anomalie cérébelleuse est à l’ori- gine de l’ataxie typique qui permet l’identification des animaux atteints. L’analyse du développement cérébel- leux montre que le déficit primaire est une incapacité des cellules de Pur- kinje de former une plaque bien organisée, et que la réduction du nombre des neurones granulaires est secondaire. Le cortex cérébral et l’hippocampe sont aussi très anor- maux, avec une mauvaise définition des couches neuronales. L’analyse du développement a permis de démon- trer que la préplaque se met norma- lement en place chez les mutants, mais que la plaque corticale est anor- male. Chez l’animal normal, la plaque corticale se dépose au sein de la préplaque et la divise en deux : les neurones de Cajal-Retzius restent dans la zone marginale, alors que les neurones de la sous-plaque sont 537 Reelin et développement cérébral : état de la question depuis le clonage du gène Reelin est la protéine produite par le gène muté chez les souris reeler. Reeler est une mutation récessive autosomique, initialement décrite voici 50 ans. Elle provoque des anoma- lies de l’organisation cytoarchitectonique de nombreuses régions cérébrales, parmi lesquelles le néocortex, l’hippo- campe et le cervelet. Ces anomalies, qui touchent spécifi- quement la phase terminale de la mise en place des neu- rones au cours du développement, sont utilisées depuis longtemps comme modèle d’étude du développement céré- bral. La Reelin, produite par certains neurones du système nerveux central comme les cellules de Cajal-Retzius, agit localement, de manière paracrine ou « juxtacrine », sur d’autres cellules cibles, par exemple les cellules de la plaque corticale. Ces dernières, lorsqu’elles sont mises en présence de Reelin, réagiraient en activant une cascade de phospho- rylations, ce qui leur permettrait de s’ordonner correcte- ment pour former le modèle architectonique radiaire typique de la plaque corticale précurseur du cortex normal. ADRESSES B. Bernier : ingénieur chimiste et des bio-indus- tries, assistante. V. de Bergeyck : docteur ès sciences, chargée de recherches. C. Lambert de Rouvroit : docteur ès sciences, chargée de recherches. I. Royaux : docteur ès sciences, FRIA. A. M. Goffinet : docteur en médecine, docteur ès sciences. Département de physiologie, Facul- tés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix, 61, rue de Bruxelles, B5000 Namur, Belgique. SYNTHÈSE médecine/sciences 1998 ; 14 : 637-43 m/s n° 5, vol. 14, mai 98 Béatrice Bernier Vinciane de Bergeyck Catherine Lambert de Rouvroit Inès Royaux André M. Goffinet