Lucas Baqué-Manzano (traduit et adapté du castillan par S.H. Aufrère) 1 S es toutes premières observations, l’archéo- logue britannique W.M. Flinders Petrie (1853-1942) les a livrées dans l’introduction de son rapport de fouilles 3 après son arrivée à Qift, village situé à 653 km au sud du Caire, le 3 décembre 1893 [fig. 1]. Selon lui l’enceinte sacrée s’étendait sur une vaste esplanade que recouvrait une partie du village. La zone nord du site se trouvait dans un état de conservation relatif, tandis que la zone sud était fortement ruinée, notamment en raison du travail des sabakhin, ouvriers extrayant des paniers de fertilisant nitreux, le sebakh. Matériau résultant de la décompo- sition des briques de limon, celui-ci était en effet employé par les paysans comme engrais ou comme combustible. La poursuite de cette extraction mettait en péril la vie des archéologues : des parois de plu- sieurs centaines de tonnes s’effondraient inopinément sous l’effet de ce travail de sape. Réveillés un petit matin par un éboulement, Petrie et son collègue Quibell rendirent grâce au ciel en constatant que, par miracle, les énormes blocs ne s’étaient pas abattus sur eux. Outre le risque d’effondrements, Petrie évoquait la présence de chasseurs de trésors locaux. Ceux-ci, de mèche avec les marchands d’antiquités, profitaient du moindre défaut de vigilance pour rapiner ici et là des pièces, rendant difficile le travail de fouille. LES COLOSSES DE COPTOS IMAGE PRéFIGURANT LE DIEU MIN Avant de fournir une analyse des statues colossales découvertes dans les ruines du temple de Coptos 1 , objet du présent article, il convient de mettre en évidence certains faits qui, quoiqu’anecdotiques, permettent de comprendre non seulement dans quelles conditions ont été menées les fouilles, mais aussi d’appréhender le contexte dans lequel s’est effectuée la trouvaille de ces statues 2 .