Médecine Tropicale • 2005 • 65 • 5 439 Article original INFECTION PAR LE VIRUS WEST NILE : ENQUÊTES SÉROLOGIQUES SUR DES CHEVAUX EN FRANCE ET EN AFRIQUE O. CABRE, J.P. DURAND, A. PRANGÉ, J. GOMEZ, L. MAURIZI, H. TOLOU, B. DAVOUST L a fi è v reà virus West Nile est une arboviro s e, causée par un flavivirus isolé pour la première fois en 1937 en Ouganda (1) et pouvant évoluer vers une encéphalite grave voire mortelle chez l’homme (2). Le cy cle épidémiologique de la maladie repose sur un réservoir principalement aviaire (oiseaux sauvages essen- tiellement migrat e u rs) et sur une transmission vectorielle par des moustiques (ap p a rtenant principalement au ge n re Culex) (3). L’infection de l’homme et des équidés, hôtes acci- dentels considérés comme des impasses épidémiologiques, est observée en cas d’amplification de la circulation virale lorsque les conditions écologiques locales sont favorables (4, 5). D’ab o rd connue en A f rique et observée en Camargue dans les années 60, l’infection par le virus West Nile a véri- tablement émergé en Europe et surtout sur le continent amé- ricain lors de ces dix dernières années (États-Unis depuis 1999, puis Canada en 2000 et Mexique en 2003) (6). Elle est deve nue un véritable enjeu de santé publique aux Etats-Unis où elle est à l’origine d’une épidémie/épi- zootie de très grande ampleur. Au 1 er août 2004, 14 549 cas humains (dont 566 décès) (7) et 21 443 cas chez les chevaux (8) ont été recen- sés dans ce pays depuis le début de l’épidémie/épizootie en 1999. A l o rs que la circ u l ation virale est réputée enzo o t i q u e et endémique en Afrique et en Asie (à l’exception d’épidé- mies décrites en Afrique du Sud en 1974 et en 1983), des épi- RÉSUMÉ • La trace sérologique d'une infection par le virus West Nile a été recherchée, durant l’année 2003, sur 190 chevaux entretenus à proximité de militaires français dans le Sud-Est de la France et en Afrique (Tchad, Côte d’Ivoire et Sénégal). Les anticorps IgG et IgM ont été recherchés par méthode ELISA. Des techniques d'immunoempreinte (western blot) et de séro- neutralisation ont été utilisées pour déterminer la spécificité des anticorps IgG. Au total, 79 % des chevaux (96) testés en Afrique se sont révélés séropositifs en IgG.Tous les chevaux séropositifs en IgG étaient négatifs en IgM. L’ensemble des chevaux mili- taires (94) du Sud-Est de la France était indemne d’infection par le virus West Nile. Notre étude a permis de révéler une cir- culation significative, mais non récente, du virus West Nile dans les trois pays africains. L’intérêt d’utiliser le western blot, technique rapide et spécifique de confirmation, est souligné. Le western blot pourrait per- mettre de se dispenser de la technique de séroneutralisation. MOTS-CLÉS • West Nile – Enquêtes sérologiques – Cheval – France – Afrique – Western blot. WEST NILE VIRUS INFECTION: SEROLOGICAL INVESTIGATION AMONG HORSES IN FRANCE AND IN AFRICA ABSTRACT • This study was carried out in 2003 to detected serological evidence of West Nile virus infection in 190 A rmy horses kept nearby French troops stationed in Southeast France and in Africa (Chad, Côte d’Ivoire and Senegal). Both IgG and IgM anti- bodies we re searched for using an ELISA assay. Specificity of IgG antibodies was determined by western blot and plaque re d u c- tion seroneutralization. Finding showed that 79 %of the Army horses (n=96) tested in Africa presented specific IgG antibodies. All horses that we re seropositive for IgG were seronegative for IgM. None of the Army horses (n=94) tested in the Southeast France we re seropositive for West Nile virus. This study indicates that West Nile virus has circulated in all three A f rican countries but not recently. It also underscores the value of western blotting as a rap i d, specific confi rm ation technique that could eliminate the need to use plaque reduction seroneutralization. KEY WORDS • West Nile – Serological investigation – Horse – France – Africa – Western blot. • Travail de la Cellule vétérinaire des Éléments Français au Tchad (O.C., praticien confirmé du SSA, conseiller vétérinaire), N’Djamena, Tchad ; de l’Unité de Virologie et du Laboratoire de Diagnostic des Arboviroses (LDA) associé au Centre National de Référence (J.P. D.,praticien certi - fié du SSA, chef du LDA ; A.P., praticien confi rmé du SSA, LDA ; H.T., pro - fesseur agrégé du SSA, chef de l’Unité de Viro l ogie), Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées, Marseille, France ; de J.G., vété - rinaire, Abidjan, Côte d’Ivoire ; de la Direction Interarmées du Service de Santé des Forces Françaises du CapVert (L.M., praticien confirmé du SSA, conseiller vétérinaire), Dakar, Sénégal ; de la Direction régionale du Service de santé des armées de Toulon (B. D. , Praticien cert i fié du SSA, Chef du Bureau Vétérinaire), Toulon, France. • C o rrespondance : C o rrespondance : O.CABRE, Service Te chnique et des Marchés Généraux du Commissariat de la Marine, BP 65, 83800 Toulon Armées - Tel : 04 94 02 11 28 - Fax : 04 94 02 06 66 • . • Courriel : sertemarco@wanadoo.fr • • Article reçu le 27/11/2004, définitivement accepté le 5/10/2005. Med Trop 2005 ; 65 : 439-443