Disponible en ligne sur
www.sciencedirect.com
Rein et vascularite chez l’enfant
Kidney and vaculitis in children
C. Rousset-Rouvière
1
, F. Garaix
1
, M. Cailliez
1
, D. Bruno
1
, B. Coulibaly
2
, L. Daniel
2
,
M. Tsimaratos
1
*
1Unité de néphrologie Pédiatrique, AP-HM Timone enfants & Université de la Méditerranée,
13385 Marseille cedex 5, France
2Service de Pathologie, Service de pédiatrie multidisciplinaire, AP-HM Timone enfants &
Université de la Méditerranée, 13385 Marseille cedex 5, France
Table ronde
Mots clés : Néphropathies, Vascularites,
Maladies inflammatoires systémiques
© 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Archives de Pédiatrie 2009;16:529-531
529
Maladies systémiques et inflammatoires :
rencontres de spécialités
L
e rein est un organe fréquemment atteint dans les vascu-
larites systémiques de l’enfant. La classification des vascu-
larites rénales repose sur la taille des vaisseaux atteints,
la nature de l’atteinte histologique, et la présence d’anticorps
anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA).
L’atteinte rénale est différente en fonction du type de vascularite.
Certaines vascularites sont responsables de lésions des artères
rénales (sténoses ou anévrismes) alors que d’autres vont atteindre
les capillaires glomérulaires et donner des tableaux de gloméru-
lonéphrites (GN). La fréquence et la gravité de l’atteinte rénale
dépendent également du type de vascularite.
La ponction biopsie rénale (PBR) est très largement indiquée dans
les vascularites de l’enfant. Elle permet de poser le diagnostic
et donne des informations utiles concernant le pronostic. Le
traitement repose sur l’association de corticoïdes et d’immunosup-
presseurs. Dans la plupart des cas, un traitement médical précoce
permet d’envisager une rémission. Mais dans certaines vascularites
(vascularites nécrosantes des petits vaisseaux) les rechutes sont
fréquentes et le pronostic rénal est engagé à court et moyen terme.
Nous allons détailler les atteintes rénales des principales vasculari-
tes de l’enfant en fonction de la taille des vaisseaux atteints.
1. Vascularite des gros vaisseaux :
la maladie de Takayashu
L’artérite de Takayasu est une vascularite des gros vaisseaux
touchant l’aorte et ses branches proximales, rarement rencontrée
chez l’enfant. La maladie évolue par poussées inflammatoires et se
traduit par des dilatations anévrismales ou des sténoses artérielles.
Ces lésions sont souvent responsables d’une HTA. Les lésions histo-
logiques sont caractérisées par un infiltrat mononucléé transmural
parfois associé à des cellules géantes, sans nécrose fibrinoïde. La
fibrose pariétale progresse avec la durée de l’évolution.
L’HTA est le principal mode de présentation clinique. L’atteinte des
artères rénales chez l’enfant est présente dans 25 % à 75 % des cas.
Il n’y a pas de consensus en pédiatrie pour le traitement médical.
À la phase aiguë, les sténoses des artères rénales peuvent être
réversibles. On propose des corticoïdes à 1 ou 2 mg/kg/j associés
à un immunosuppresseur. L’utilisation des corticoïdes est limitée
par l’HTA parfois difficile à contrôler. À la phase aiguë, et bien qu’ils
soient très efficaces, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion sont
contre-indiqués avant d’avoir établi le bilan des lésions artérielles
en raison du risque d’insuffisance rénale (IR) aiguë. À ce moment,
l’usage des anticalciques intraveineux est plus indiqué. À distance
d’une poussée inflammatoire, les sténoses artérielles sont fixées
et non accessibles au traitement médical. Il faudra proposer alors
un traitement par angioplastie, parfois une réimplantation des
artères rénales ou dans les cas extrêmes une néphrectomie.
Le pronostic rénal dépend de la réponse au traitement médical
en phase aiguë et du nombre de poussées de la maladie. Le pro-
nostic général est sévère (35 % à 40 % de mortalité), en raison des
complications vasculaires neurologiques et cardiaques.
2. Vascularite des vaisseaux de moyen calibre :
la maladie de Kawasaki
La maladie de Kawasaki est une vascularite des vaisseaux de
moyen calibre. En France, c’est la deuxième vascularite la plus fré-
quente chez l’enfant après le purpura rhumatoïde. L’atteinte rénale
est une complication rare et concerne moins de 1 % des cas. Le plus
souvent, il s’agit d’un tableau de néphropathie tubulo-interstitielle
avec glomérules et vaisseaux normaux en histologie. Elle se mani-
feste par une hématurie microscopique, une protéinurie modérée,
avec quelquefois une IR. Les lésions histologiques sont caractéri-
sées par une inflammation non spécifique avec nécrose fibrinoïde
associée à une composante œdémateuse importante. L’atteinte
transmurale est parfois responsable d’anévrysmes artériels. De
très rares cas d’atteinte glomérulaire proliférative ou syndrome
hémolytique et urémique ont été décrits. La faible incidence de
l’atteinte rénale et la ressemblance du tableau clinique à celui
d’autres vascularites, impose un bilan exhaustif en cas d’atteinte
rénale chez un enfant suspect de maladie de Kawasaki (dosage
des ANCA, du complément, des anticorps antistreptococciques…).
La perfusion d’immunoglobulines associée à l’aspirine est le
traitement classique. Le pronostic est défini par l’importance de
l’atteinte coronarienne. Ce traitement permet une régression de
l’atteinte rénale dans la plupart des cas. Le recours à un traitement
par corticoïdes est rarement nécessaire. Le pronostic rénal est
excellent, d’autant plus qu’il n’y a pas de récidive de la maladie.
Dans les cas cliniques rapportés un seul enfant présente une
protéinurie persistante à long terme.
* Auteur correspondant.
e-mail : michel.tsimaratos@ap-hm.fr