Revue du rhumatisme 79 (2012) 11–16 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com Mise au point Un aperc ¸ u de la physiopathologie de la spondylarthrite ankylosante : contribution des modèles animaux Kirsten Braem , Rik J. Lories Laboratoire d’étude du développement du squelette et des troubles articulaires, service de rhumatologie, hôpital universitaire de Louvain, Herestraat 49, 3000 Louvain, Belgique i n f o a r t i c l e Historique de l’article : Accepté le 29 septembre 2011 Disponible sur Internet le 13 décembre 2011 Mots clés : Spondylarthrite ankylosante Modèles animaux HLA-B27 Inflammation Ossification r é s u m é L’introduction des stratégies de traitement par anti-TNF a changé de fac ¸ on significative les perspectives et le devenir des patients atteints de spondylarthrite ankylosante ou de spondylarthropathies apparen- tées. Cette avancée a également stimulé de nouveaux efforts de recherche sur les mécanismes de la maladie. Étant donné les grandes difficultés d’obtention d’échantillons de tissus humains au niveau de la colonne et des articulations sacro-iliaques, et les rares études autorisées sur les facteurs mécaniques, la plupart des nouveaux concepts ont émergé à partir de divers modèles animaux de la maladie. Dans le cadre de cette revue, nous résumons les aperc ¸ us du rôle du HLA-B27 basés sur des modèles de rats et de souris transgéniques, les efforts d’identification des populations de cellules stimulant l’inflammation et les études moléculaires sur l’ossification pathologique à l’origine de l’ankylose. D’importants progrès ont été accomplis et de nouvelles hypothèses ont été émises. Celles-ci incluent l’impact du gène HLA- B27 sur le stress du réticulum endoplasmique et la réponse liée à l’accumulation de protéines mal repliées (réponse UPR), le rôle des cellules stromales dans l’inflammation, l’hypothèse d’un stress enthésique et l’identification des voies de signalisation WNT ou BMP (protéines morphogénétiques osseuses) en tant que cibles thérapeutiques dans le traitement de l’ankylose. © 2011 Société Française de Rhumatologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. 1. Introduction La spondylarthrite ankylosante (SA) représente le prototype des spondylarthropathies (SpAs) [1], un groupe de maladies communes musculosquelettiques, inflammatoires et chroniques. Le spectre clinique des SpAs inclut diverses entités diagnostiques qui se partagent des caractéristiques cliniques, génétiques et patholo- giques. À l’intérieur de ce groupe de maladies, sont identifiées la SA, l’arthrite psoriasique (PsA), l’arthrite associée à une maladie inflammatoire de l’intestin (IBD-SpA), l’arthrite réactive, l’arthrite juvénile idiopathique et les arthropathies indifférenciées. La mala- die implique couramment le squelette axial, affectant la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques, et conduisant à des douleurs dorsales inflammatoires typiques. Les autres signes cli- niques incluent une enthésite extra-articulaire se manifestant souvent au niveau de l’insertion du tendon d’Achille et du fas- cia plantaire, une arthrite périphérique sous forme habituellement non symétrique et oligo-articulaire et fréquemment restreinte aux membres inférieurs, ainsi qu’une ostéite, généralement iden- tifiée par imagerie par résonance magnétique nucléaire. Ces Ne pas utiliser, pour citation, la référence franc ¸ aise de cet article, mais la réfé- rence anglaise de Joint Bone Spine (doi:10.1016/j.jbspin.2011.09.008). Auteur correspondant. Adresse e-mail : Rik.Lories@uz.kuleuven.be (R.J. Lories). manifestations sont fréquemment accompagnées de symptômes extrasquelettiques, tels qu’uvéite antérieure, MICI et psoriasis. La maladie a pour conséquence une activité inflammatoire, mais aussi la production de nouveau cartilage et d’os qui peut se traduire par la formation de syndesmophytes, ostéophytes ou enthésophytes, et aboutir à une ankylose progressive des articulations sacro-iliaques et de la colonne vertébrale, compromettant ainsi la mobilité ver- tébrale des patients. Les dommages structuraux caractérisés par une destruction articulaire ou osseuse sont plus limités dans la SA en comparaison avec la polyarthrite rhumatoïde par exemple. Cependant, dans des sous-groupes de patients atteints d’arthrite psoriasique ou, moins souvent, d’autres formes de spondylarthro- pathies, une destruction sévère peut exister [2]. De récents progrès dans la recherche sur les SpAs ont identi- fié une cytokine pro-inflammatoire, le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF), comme jouant un rôle clé. Les thérapies ciblées contre cette cytokine (anticorps et récepteurs solubles) influent sur le contrôle à court-terme du processus de la maladie, en limitant les symptômes dus à l’inflammation. Néanmoins, la progression struc- turale ne semble pas influencée par les stratégies de traitement anti-TNF, suggérant la nécessité d’alternatives thérapeutiques ou de traitements complémentaires, en particulier pour les patients à haut risque d’ankylose [3–5]. Étant donné que des biopsies de lésions spinales ne peuvent être que rarement obtenues, la recherche sur la SA a été entravée 1169-8330/$ see front matter © 2011 Société Française de Rhumatologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.rhum.2011.11.003