Les cognitions sociales des parents d’enfants TDA/H comme prédicteur des pratiques parentales après une intervention Marie-Christine Beaulieu et Sylvie Normandeau Université de Montréal Philippe Robaey Université d’Ottawa L’objectif de cette étude était d’examiner le rôle prédicteur des cognitions sociales des parents d’un enfant ayant un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (TDA/H) en lien avec les pratiques parentales utilisées après leur participation a ` deux différents types d’intervention – programme d’entraînement aux habiletés parentales (PEHP) ou soutien téléphonique (ST) –, comparativement a ` un groupe contrôle (GC). Les familles ont été assignées de façon aléatoire aux groupes PEHP (n 35), ST (n 29) ou GC (n 34). Tous les enfants étaient sous médication. Les cognitions sociales étudiées sont le sentiment d’auto-efficacité parental (SAEP) et les attributions causales portant sur les caractéristiques du parent (manque d’habiletés parentales, mauvaise humeur, manque d’efforts), lesquelles ont été mesurées a ` l’aide de questionnaires. Les pratiques parentales ont été mesurées au moyen de deux types de mesure (questionnaires autorapportés, mesures observationnelles). Des analyses de régressions hiérar- chiques confirment que, dans certains cas, le SAEP ou les attributions causales prédisent différemment les pratiques parentales selon que les parents ont ou non participé a ` une intervention, mais il est prématuré de conclure que les cognitions sociales des parents d’un enfant TDA/H sont des modérateurs du changement des pratiques parentales. La discussion aborde les implications cliniques de ces résultats. Mots-clés : cognitions sociales, pratiques parentales, attributions parentales, sentiment d’auto-efficacité parental, trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité. Les enfants atteints du trouble déficitaire de l’attention/hyper- activité (TDA/H) manifestent un ensemble de comportements per- turbateurs dans lesquels l’inattention et/ou l’hyperactivité et l’impulsivité prédominent. La prévalence de ce trouble est de l’ordre de 3 a ` 7 %, il est diagnostiqué plus fréquemment pendant l’enfance, et ce, chez les garçons plus souvent que chez les filles (American Psychiatric Association [APA], 2000). Au cours des dernières années, la prise de psychostimulants s’est avérée un traitement privilégié pour les enfants qui ont un TDA/H (Chronis, Jones & Raggi, 2006). En effet, 85 % des enfants TDA/H sont sous médication (Olfson, Gameroff, Marcus & Jensen, 2003). Malgré les avantages associés a ` la prise de médication, il y a également des limites quant aux traitements pharmacologiques, ce qui justifie le fait de s’intéresser a ` des méthodes complémentaires, telles que les traitements psychosociaux, par exemple les interventions cognitives-behaviorales auprès des parents et/ou des enfants ou celles en milieu scolaire. Ainsi, les programmes d’entraînement aux habiletés parentales (PEHP) conçus pour les parents d’enfants ayant le TDA/H ont des impacts positifs sur les pratiques paren- tales, sur la relation parent-enfant et sur le comportement de l’enfant, surtout lorsqu’ils sont combinés avec la prise d’une médication (Chronis, Chacko, Fabiano, Wymbs & Pelham, 2004; Kohut & Andrews, 2004; Sonuga-Barke, Daley, Thompson, Laver-Bradbury & Weeks, 2001). Ces études soulignent l’importance d’intervenir non seulement auprès des enfants TDA/H, mais également auprès de leurs parents. À ce jour, peu d’études se sont intéressées aux caractéristiques des parents qui modèrent l’efficacité des interventions. Pourtant, les parents occupent un rôle central dans le processus de sociali- sation de leur enfant en soutenant le développement d’habiletés cognitives et sociales ainsi qu’en structurant ou en modelant les apprentissages de l’enfant (Bugental & Johnston, 2000). L’étude Multimodal Treatment Study of Children With Attention Deficit and Hyperactivity Disorder (MTA) a mis en évidence que les cognitions sociales des parents, telles que la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, des comportements de leur enfant ou encore de leurs pratiques parentales, jouent un rôle prédicteur quant a ` l’efficacité des traitements pharmacologiques et psychosociaux auprès de leur enfant TDA/H (Hoza et al., 2000). Les cognitions sociales, qui comprennent un ensemble de processus cognitifs utilisés pour analyser une situation sociale, permettent de filtrer les informations reçues, influencent l’interprétation du comportement des autres, permettent de cadrer, d’organiser les actions et d’orienter le comportement social (Bugental & Johnston, 2000). Par exemple, il se peut qu’un même comportement chez un enfant soit interprété différemment par deux parents et qu’il engendre par le fait même une réponse émotionnelle et comportementale dis- tincte. Des modèles théoriques ont été proposés pour expliquer le lien entre des cognitions sociales spécifiques des parents, telles que les croyances parentales (Goodnow, 1992; Kochanska, Kuczynski & Radke-Yarrow, 1989; McGillicuddy-DeLisi, 1992; Sigel, 1992), This article was published Online First February 11, 2013. Marie-Christine Beaulieu, Département de psychologie, Université de Mon- tréal; Sylvie Normandeau, Département de psychoéducation, Université de Montréal; Philippe Robaey, Département de psychiatrie, Université d’Ottawa. Toute correspondance concernant le présent article doit être adressée à : Marie-Christine Beaulieu, 4845, rue Messier, app. 5, Montréal QC, H2H 2J4, Canada. Courriel : mc_beaulieu22@hotmail.com Canadian Journal of Behavioural Science / Revue canadienne des sciences du comportement © 2013 Canadian Psychological Association 2014, Vol. 46, No. 2, 147–161 0008-400X/14/$12.00 DOI: 10.1037/a0030176 147