44 SYNTHÈSE médecine/sciences 2001; 17: 44-53 Marie-Lorraine Guénédal Cédric Falquet Stéphanie Warter Catherine Rongières Christiane W ittemer Pierre Gerlinger Stéphane Viville ADRESSES _ _____ _ M.L. Guénédal, C. Falquet, S. Warter, C. WiUemer, P. Gerlinger, S. Viville: Service de biologie de la reproduction, Centre médico- chirurgical et oDstétrical (CMCO-SIHCUS), 19, rue Louis-Pasteur, BP 120, 67303 Schilti- g heim Cedex, France. C. Ron g ières: Service de gynécologiebstétrique, Centre médico- chirurgical et obstéic (CMCO-SIHCUS), 19, rue Louis-Pasteur, BP 120, 67303 Schilti- gheim Cedex, France. Les risques liés à l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) Le traitement des stérilités masculines a connu réel essor avec le développement de l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (leSI). Si l' efficacité de l'leSI est indéniable, son innocuité est néoins mise en cause en raison de son caractère invasif et de l'apparente augmentation des anoma- lies chromosomiques, surtout sexuelles, observée chez les enfants conçus par cette technique. A l'heure actuel le, le risque d'anomalies zygotiques pouvant résulter de lésions subies par les gamètes micromanipulés est difficilement estimable. L'évaluation du risque de transmission d'une anomalie génétique, au responsable de l'infertilité masculine, ne peut être qu'indirecte pour le moment. Elle requiert une connaissance approfondie des méca- nismes moléculaires et cellulaires de la spermatogenèse, et l'établissement d'une génétique de l'infertilité. Enfin, le bilan de sept années de pratique de l' leSI met davantage en évidence l'insuffisance des données permettant de conclure, que d'authentiques raisons d e craindre l'lesl. L 'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (lCSI) a indéniablement const itué l'événement marquant de l'année 1992 dans le traite- ment des infer tili tés masculines sévères, comme le fut il y a plus de vingt ans la fécondation in vit (F) pour les stérilités d'origine féminine [1, 2]. Rappelons que l'lCS! consiste également en une fécondation in vit d'un ovocyte mature, mais qu'à la différence de la FlV classique, ce procédé nécessite qu'un spermato- zoïde soit directement injecté dans le cytoplasme de l'ovocyte. Cette prouesse technique est l'abou- tissement d'un pari audacieux, tant sur le plan scientifique, puisque le processus complexe de maturation et de sélection des gamètes mâles dans les voies génitales femelles est totale- ment court-circuité, que sur le plan médical en raison de ses indications plurielles. Cependant, les circons- tances de son application clinique se révèlent tout autant, voire davantage marquantes, puisque cette technique s'est dispensée de tout essai clinique avant son application chez l'homme. Bien que les micromanipulations de gamètes aient été auparavant mises au point chez l'animal, leur succès n'autorisai t pas l'extrapolation à m/s n° 1, vol. 17, janvier 2001