Fig. 1 : grandes structures géologiques du sud de l’arc alpin (Fond de carte Géoportail) Spéléogenèse hypogène dans l’écaille du Jardin Exotique (Monaco) Jean-Claude NOBÉCOURT 1 , Philippe AUDRA 2 , Elena ROSSONI-NOTTER 3 , Olivier NOTTER 4 & Vasile HERESANU 5 Par opposition au modèle épigène qui, entre la thèse de Jovan Cvijić « Das Karstphänomen » en 1893 et les travaux de l’école française de karstologie (Philippe Renault, Bernard Gèze…) dans les années 1950, s’est installé comme un paradigme, les processus de spéléogenèse hypogène n’ont été bien compris et décrits que dans les années 1980-90 [Egemeier 1981] ; ils sont bien documentés depuis une vingtaine d’années [Klimchouk 2007, Klimchouk & al. 2017]. Beaucoup de cavités connues, revues à la lumière de ces modèles récents, ont été tardivement identifiées comme relevant de ces processus de karstification où les fluides responsables de la corrosion du calcaire ne s’infiltrent pas à partir de la surface, mais remontent des profondeurs. Le sud de l’arc alpin en a fourni un certain nombre d’exemples [d’Antoni-Nobécourt & al. 2008, Audra & al. 2011, de Waele & al. 2016, Columbu & al. 2021]. Le petit territoire de la Principauté de Monaco n’est pas exempt de phénomènes karstiques, une cavité en particulier y est très connue depuis plus d’un siècle ; des opportunités apparues en 2021 au cours d’activités d’urbanisation apportent des données et un regard inédit sur la formation de ces grottes. La présente note, qui n’est que préliminaire, posera le contexte géologique puis spéléologique de la Principauté, décrira les circonstances de la découverte, exposera les premières observations et résultats sur cette cavité, et conclura sur son origine assurément hypogène, processus qui pourrait se révéler étendu à l’échelle du territoire monégasque. I - Contexte géologique La zone étudiée se situe à la pointe méridionale de l’arc alpin. La surrection du socle dans la zone de l’Argentera- Mercantour a charrié la couverture jurassique et crétacée, créant deux grandes structures régionales : vers l’ouest l’arc de Castellane caractérisé par des séries d’écailles chevauchantes, et vers le sud l’arc de Nice, intensément tectonisé, marnes, marno-calcaires et calcaires bousculés s’empilent de façon souvent dysharmonique (Fig. 1). L’écaille du Jardin Exotique est localisée sur le territoire de la Principauté de Monaco, qui couvre un peu plus de 2 km² sur le littoral méditerranéen entre Nice et la frontière Italienne. Elle se situe donc à l’extrémité sud de l’arc de Nice, ce qui se traduit par des reliefs très accusés et des gradients altitudinaux importants : ainsi, le territoire de la Principauté, 1 Association Française de Karstologie, Spéléo-Club de Monaco 2 Université Côte d’Azur, Association Française de Karstologie, Spéléo-Club de Monaco 3 Directeur du Musée d’Anthropologie Préhistorique de Monaco, présidente du Spéléo-Club de Monaco 4 Musée d’Anthropologie Préhistorique de Monaco, Spéléo-Club de Monaco 5 CINaM (Centre Interdisciplinaire de Nanosciences, Université d’Aix-Marseille)