205 Ennemi existentiel et « pouvoir-tuer » : Reinhart Koselleck entre Martin Heidegger et Carl Schmitt 1 Emmanuel Faye VARIA Ennemi existentiel et « pouvoir-tuer » : Reinhart Koselleck entre Martin Heidegger et Carl Schmitt 1 EMMANUEL FAYE L’histoire est possible, pour autant que l’on complète cette notion de devancement de la mort, centrale chez Heidegger, par la catégorie du pouvoir-tuer (Totschlagenkönnen) 2 . Après la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’Union soviétique, on a pu briève- ment croire que l’on était sorti de la guerre froide et que l’horizon kan- tien de la « paix perpétuelle » pou- vait devenir une réalité, au moins sur notre continent. La guerre des Balkans a montré dès 1991 qu’il n’en était rien, et, avec la guerre du 1. Ce texte est la version revue d’une confé- rence présentée en allemand au colloque de Trèves sur la Vergangenheitsbewältigung organisé par Lucia Scherzberg les 9-11 mars 2023. 2. R. Koselleck, « Théorie de l’histoire et herméneutique », L’Expérience de l’histoire, Paris, Gallimard/ Seuil, 1997, p. 243. Donbass, l’annexion de la Crimée puis l’intervention russe en Ukraine de 2022, le risque d’un conflit géné- ralisé a surgi à nouveau dans les consciences. Cette situation semble donner du poids aux visions du monde inscrivant le conflit et la guerre au principe même de l’être humain. Dans ce contexte, on ne saurait être surpris que la pensée de l’historien et théoricien de l’histoire Reinhart Koselleck connaisse une réception grandissante, particulière- ment dans une Allemagne qui a entrepris de se réarmer. Celui-ci, en effet, proposait en 1985 d’inscrire le Pixellence - 19-07-23 17:54:48 - (c) Humensis RE0391 U000 - Oasys 19.00x - Page 205 - E1 Cites 95 - Dynamic layout 0 × 0