Conflit de disponibilités J. Thoemmes Actes du colloque «Recherche et Ergonomie», Toulouse, fevrier 1998 159 Conflit de disponibilités: vers une intensification du travail J. Thoemmes, ATER, UTM/CERTOP-CNRS A. Flautre, Doctorante, UTM/CERTOP-CNRS C. Thebault, Ingénieur UTM/CERTOP-CNRS G de Terssac Directeur de Recherche, UTM/CERTOP-CNRS Le temps de travail est une notion complexe, car elle renvoie à des pratiques multiples et à des conceptions différentes. Tout d’abord les réalités que cette notion est censée codifier, lui échappent, puisqu’elle est souvent réservée pour désigner les activités professionnelles, comme si le travail était limité au temps réservé par le salarié à son employeur. Ensuite cette notion est souvent utilisée pour désigner un temps objectif, répétitif, séquentiel, discontinu, linéaire, mesurable, quantitatif, comme si le temps subjectif, qualitatif, multiple, hétérogène constituait une autre réalité extérieure au temps de travail. Enfin le temps de travail est souvent référé à une conception unique, universelle, rationnelle, abstraite, entièrement orientée vers la performance, extérieure aux sujets et aux sociétés. Néanmoins, les approches inscrites dans la tradition sociologique et exprimées en termes de temps sociaux (Sue, 1994), ou de temporalités sociales (Mercure, 1995) nous permettent de penser ensemble des réalités différentes et surtout d’analyser l’ordre temporel comme une construction sociale. La tentation d’opposer ces deux réalités repose sur une séparation entre le cadre temporel et les activités sociales, sur une opposition qui est traitée dans un rapport soit de subordination des activités sociales aux temps produits par les institutions, soit de détermination du cadre temporel par le seul jeu des interactions sociales. Le temps de travail constitue, dans la perspective esquissée, un champs de recherches particulièrement intéressant. Premièrement, parce que le temps de travail institue une dissociation entre d’un côté le temps de la production des biens et services qui est un temps abstrait, vide de contenu et mesuré de plus en plus rigoureusement et de l’autre, le temps vécu, celui de la vie quotidienne, non uniforme et concret. Cette dissociation entre de temps sociaux dissemblables pose le problème de leur « concordance » (Supiot, 1995), de leur « synchronisation et de leur harmonisation à l’intérieur du tissu social » (Mercure, 1995). Deuxièmement , parce que le temps de travail institue une séparation entre la vie de travail dans laquelle le temps constitue la mesure des activités professionnelles et la vie hors travail. Cette séparation constitue, comme le souligne Naville (1969), un enjeu social extrêmement important, puisqu’elle fragmente la vie sociale en deux, repartit les activités selon les durées et horaires, rythme le déroulement des activités. Le temps de travail définit le cadre des activités sociales; il inscrit les activités dans le temps et il rythme le passage d’une activité à l’autre. Le temps de travail nous semble bien contribuer à exprimer l’existence de ce que Pronovost (1996) appelle des « points repères dans le temps, des marqueurs du temps ».