akène – l’interface aux croisements des pratiques sociales numéro 8 – avril 2024
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Le naufrage :
on n’en parle pas
Ethno-poétique de l’indicible
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Dans cet article, je me propose de vous emmener en
voyage au cœur des processus de terrain, de réflexion
et d’écriture auxquels je m’essaie à propos des
questions d’exil, et plus spécifiquement, de la question
du naufrage, et ce qu’elle vient dire des politiques
migratoires et de frontières, bien entendu, mais aussi
de la mort et de ce fait, de la vie ou plus précisément
de l’inégalité des vies et enfin, des quêtes de sens qui
m’habitent en miroir de celles des rescapé·e·s* dont
j’ai eu la chance de croiser la route. Cette réflexion
s’inscrit dans des terrains sur les questions
de migrations et d’exil principalement
au Burkina Faso, en Belgique et à Malte (depuis 1997).
par Jacinthe Mazzocchetti
* rescapé.e.s : rien de victimaire dans l’usage de cette expression, au contraire,
il s’agit ici d’une notion politique qui vient dire la violence, la lutte et la présence.
J
e me propose de réfléchir à la question des bruits et des silences
que recouvrent les traversées, les naufrages, les errances. Le voyage
auquel je vous invite est à la fois historico-politique et ethno-poétique,
sur le fond comme sur la forme, que j’essaierai d’entrelacer au mieux.
L’enjeu de ce texte est davantage épistémologique que descriptif ou analytique,
même si bien entendu nourri d’une empirie dense et plurielle.
Au risque de me perdre, c’est un chemin d’écriture faite de creux,
de brisures, d’absence que je tente d’emprunter. Un chemin de métaphores
afin de plonger, sans mauvais jeu de mots, dans les silences, les violences,
les luttes, la dimension « sujet » des existences sous l’angle de la
remémoration et de la narration.