Communauté et amitié messianique Adieu à Jean-Luc Nancy Anoush Ganjipour « La finalité de la fonction du Messie n’est rien d’autre qu’on le connaisse, qu’on l’aime et qu’on fasse partie de son parti, de sa compagnie et de sa communauté. » Nasir Tusi, Paradis de la soumission « La communauté n’est ce qu’elle est qu’à la face des dieux. » Jean-Luc Nancy, Des lieux divins Un spectre a hanté la modernité : le spectre de la religion civile. La société et la politique modernes, la politeia moderne, ont beau vouloir en finir avec Dieu, la théologie ou l’institution religieuse, un manque n’a cessé de se faire sentir dans leur autofondation. Rousseau, déjà, convenait qu’au contrat social des hommes, il faudrait un sub- strat affectif ; une passion commune, unifiée et unifiante, qui précède le contrat pour le rendre possible et pour le soutenir. Ce qu’il appelle la « religion civile » est la matrice d’une telle passion commune et unitaire. Le code moral hétéronome des individus ou le culte collectif ne seraient in fine que des moyens dans cette religion ; sa visée ultime demeure « l’unité sociale » des hommes. Une unité bel et bien spiri- tuelle mais articulée à la communauté politique des hommes. À la différence de l’unité spirituelle chrétienne, elle n’émane pas de la communion métahistorique des fidèles où tout un chacun disparaît dans l’unité du corps christique. C’est justement ce dont Rousseau voulait débarrasser l’homme moderne : la communion chrétienne, Alpha_Monotheismes_politeia_U9_22124 - 7.11.2022 - 17:08 - page 343