Abandon scolaire au Sud-Kivu Formation et profession 25(2), 2017  ésumé L’abandon scolaire fait l’objet de plusieurs études à l’échelle internationale et intéresse plusieurs disciplines. L’objectif du présent article est de dégager les éléments expliquant l’abandon précoce de l’école au Sud-Kivu. Les données utilisées dans cet article viennent de la division provinciale de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), d’une part, et de l’enquête 1-2-3 de 2005, d’autre part. Nous appuyant sur une analyse économétrique multiniveau, les résultats montrent que plus on commence l’école avec du retard, plus on risque de décrocher. Les caractéristiques associées à l’élève et à la famille sont aussi prépondérantes dans l’abandon des élèves au Sud-Kivu. Mots-clés Abandon scolaire, décrochage scolaire, Sud-Kivu, primaire, secondaire, éducation Abstract School dropout has been tackled in many research studies internationally, and from several disciplinary perspectives. This paper attempts to identify the factors pushing students to leave school prematurely in South-Kivu Province. To this end, we analyzed data from the archives of the Provincial division of Education (known by its French acronym EPSP) and the 2005 1-2-3 survey data, drawing on the multilevel econometric approach. Results show that the later a child starts school, the higher the probability that he or she drops out. Characteristics associated with the student, family and school play a predominant role in school dropout in South-Kivu. Keywords School dropout, South-Kivu, primary, secondary, education R Introduction L’accès à l’éducation préoccupe actuellement l’humanité et l’importance de l’éducation a été prouvée à maintes reprises. La Conférence mondiale sur l’Éducation pour tous (Jomtien, en 1990) avait reconnu comme priorité des priorités l’accès à l’éducation et l’amélioration de la qualité de l’éducation des enfants, des jeunes et des adultes (Ananga, 2011; UNESCO, 2009). C’est dans l’après-Seconde Guerre mondiale (Isambert-Jamati, 1992) que l’obtention d’un diplôme devint nécessaire pour participer à la vie sociale et espérer un futur meilleur. Cependant, malgré les efforts considérables déployés pour garantir l’accès à l’éducation, la réalité est telle que plusieurs enfants n’ont toujours pas accès à ce droit. Et pour ceux qui y accèdent, nombre d’entre eux n’atteignent pas la fin du cycle débuté. Benny et Frappier (1997) montrent que plusieurs enfants dans le monde n’achèvent pas l’éducation de base qu’ils ont entamée. En Afrique, nombre d’élèves abandonnent l’école avant de finir le cycle primaire (Ananga, 2011; Lloyd, Mensch et Clark, 2000; UNESCO, 2010, 2012). Les problèmes éducatifs et la manière d’y répondre varient selon les objectifs des pays (Belzil, 2004; Coulidiati- Kiélem, 2009; Fry, 2003; Huot et Castonguay, 2014; Muskens, 2009; UNICEF, 2011). Bien que le taux d’accès à l’éducation dans les pays en développement ait augmenté, on est loin d’atteindre l’objectif fixé (Easterly, 2008; Sabates, Hossain et Lewin, 2010; UNESCO, 2012; UNICEF, 2011). Il apparaît dès lors évident que le niveau d’éducation atteint par un individu dans une société constitue un déterminant majeur de son succès futur (Huot et Castonguay, 2014; Joanis, 2002). Aussi, les Objectifs du Millénaire pour le développement considéraient- ils l’éducation, la santé et un environnement assaini comme ingrédients nécessaires à une vie agréable et longue (Easterly, 2008; Elliot et Voss, 1974). Le déficit dans l’un ou l’autre de leurs attributs constitue un signe de pauvreté plus grave que la pauvreté monétaire. Cette vision est relayée par les objectifs du développement durable (ODD) aujourd’hui. Abandon scolaire au Sud-Kivu doi:10318162/fp.2017.418 Isidore Murhi Mihigo Université catholique de Bukavu, RDC Célestin Bucekuderhwa Bashige Université catholique de Bukavu, RDC