63 L e « Bobath » n’est pas magique, n’est pas une recette, mais une école de la qualité du geste [1]. Le Docteur Karel Bobath (84 ans) et Madame Bertha Bobath (83 ans) se sont éteints ensemble le 20 janvier 1991. Leur approche de la rééducation des patients souffrant d’une atteinte neuromotrice d’origine céré- brale continue d’être le modèle le plus pratiqué en Angleterre et dans de nombreux autres pays. Il est cependant important de voir que le concept Bobath qui s’est appuyé sur des bases neuro-physiologiques dis- cutables, et même aujourd’hui dépassées, a certaine- ment fait avancer d’un pas de géant la prise en charge rééducative des patients neurologiques. Cette méthode révolutionnaire, en son temps, reste encore de nos jours mal adaptée à certains paramètres cognitifs, sensoriels et psychomoteurs nécessaires pour une récupération motrice plus évoluée de l’hémiplé- gique [2]. Cet article a pour objectif de détailler les points forts et les points faibles du concept Bobath. Les études expé- rimentales en relation avec ce concept et comparatives avec d’autres concepts de rééducation neurologique sont aussi abordées. Méthodes de rééducation La preuve concernant les méthodes de rééducation des cérébrolésés n’existe pas et reste très controversée [3- 10]. L’évolution des paradigmes en sciences du mou- vement a permis d’établir plusieurs méthodes pra- tiques de rééducation renforcées par des bases théoriques riches et solides. L’évolution des concepts de la biomécanique, de la psy- chologie, de la neurophysiologie et de la neuroscience notamment dans l’organisation du système nerveux central, ouvre la voie à des méthodes plus rationnelles, plus adaptées et plus performantes qu’auparavant. En revanche, cette évolution est révolutionnaire : des idées, considérées comme évidentes selon les méthodes clas- siques, ont été exclues, alors que d’autres, autrefois né- gligées, ont été réintroduites. Historiquement les méthodes de rééducation sont classés en plusieurs catégories théoriques [1, 11-14] : neuromo- trice (Bobath, Kabat, Vojta, Facilitation Proprioceptive Neuromusculaire – PNF), cognitive (Perfetti), psychomo- trice. Le concept de réapprentissage moteur, de contrainte induite, du gait trainer, du renforcement isocinétique et de la rééducation à tâche orientée, sont considérées parmi les approches contemporaines et font l’objet de plusieurs études pratiques et cliniques [5, 12, 15]. La théorie neuromotrice, à laquelle appartient le concept Bobath, a donc plusieurs voies divergentes : – une fondée sur l’utilisation des réflexes pour l’évoca- tion immédiate d’une réponse motrice. Elle consiste à faire apparaître puis à développer les synergies primitives Kinesither Rev 2006;(56-57):63-7 Directeur de centre de physiothérapie de l’Hôpital Rahme de réhabilitation, Tripoli, Liban E-mail : ahmadrifai@optl.org Article reçu le 19/09/05 Modifié le 07/03/06 Accepté le 31/05/06 Savoirs Mise au point Que reste-t-il de la méthode Bobath ? A HMAD R IFAII S ARRAJ MOTS CLÉS Bobath Hémiplégie Kinésithérapie Motricité Spasticité Lorsque l’on parle de neurologie, il est difficile de ne pas citer Bobath. Au cours des derniers numéros, nous avons montré que des techniques plus récentes : répétition de tâches orientées (Carr et Shepherd) et Perfetti, devenaient plus pertinentes. Cela ne veut pas dire qu’une méthode « écrase » l’autre. En fonction de la situation clinique et dans un contexte socio-économique où les temps d’hospitalisation sont réduits et les résultats sont surtout quantitatifs, des choix s’imposent. La technique Bobath prend du temps et s’intéresse à la qualité du mouvement, c’est son point fort et faible à la fois.