Cécile Canut LANGUES ET FILIATION EN AFRIQUE DES LANGUES ET DES DIALECTES : LA CONFUSIO LINGUARUM « L’Afrique a la réputation d’être le continent de l’émiettement linguistique. On dit parfois qu’elle est le continent de 1 000 ou 2 000 langues. » Lorsqu’un auteur 1 récent s’exprime de la sorte, avançant des chiffres sur lesquels il est douteux que l’on puisse s’accorder, il renvoie à l’opinion généralement répandue d’un morcellement des langues africaines : la volonté de les différencier en fonction de leur nature supposée — langue, dialecte, pidgin, créole — accompagne le discours dominant sur un émiettement linguistique dont les bien-fondés méritent d’être interrogés. Si l’Afrique est le continent du plurilinguisme, au même titre que bien d’autres, ce qui importe est moins le nombre de langues et de locuteurs que le réseau complexe des liens évoluant entre les langues. En réduisant le champ linguistique africain aux langues coloniales ou à une liste de noms d’idiomes (tout en se plaignant d’ailleurs qu’une langue puisse avoir plusieurs noms), on exclut les multiples déterminations historiques, politiques et sociolinguis- tiques nécessaires à la compréhension des situations contem- poraines. On continue ainsi de cautionner une représentation occi- dentale de l’Afrique où, s’il faut la résumer, les « ethnies » comme les langues coexisteraient dans la démarcation des identités et le 1. M. Malherbe, Répertoire simplifié des langues africaines, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 9.