1 Image, simulacre, signification: la culture de la photo-copie fidèle dans la poésie de Rodica Draghincescu In Sous les yeux du spectateur et du voyeur, Karolina Czerska, Agnieska Kocik, Iwona Piechnik (dir.), Uniwersytet Jagiellonski, Biblioteka Jagiellonska, Krakow, 2022, p. 12-27. Graţiela Benga-Ţuţuianu L'Institut ‹‹ Titu Maiorescu ››, la filiale de Timișoara de l’Académie roumaine numéro ORCID: 0000-0001-9009-6226 Dans les années ’90, Rodica Draghincescu se faisait remarquer comme l’une des présences les plus dynamiques de la poésie roumaine. Les quatre recueils de poésies publiés en moins d’une décennie (1993-1998) sondaient la conformation aberrante du vide existentiel. Esprit de pamphlétaire, œil vif et froid de chirurgien (scrutant le défoulement d’un subconscient collectif) se remarquent dans ses écrits conclut la poétesse iassiote Mariana Codrut 1 , en faisant référence au recueil Chacun de nous a sous le lit des photos don’t il a honte 2 , tandis que le poète et l’éditeur bucarestois Claudiu Komartin met en évidence le fait que chez cette auteure l’existentiel cultive un territoire très à part et personnel, bien que sa poésie croise par quelques endroits les œuvres de ses congénaires 3 . Dans Chacun de nous... l’œil poétique n’est que le spectateur d’un show tragi-comique (aux accents burlesques). Ce livre accorde beaucoup de place au rapport vue, mots et compréhension, dans le point de convergence de deux attitudes opposées - l'une de mouvement continu, l’autre d'immobilité contemplative- créatrice, qui enregistre (visuellement) et fixe (poétiquement) l'agitation et la verve instinctive. Dans ce mouvement du regard et de la constance (illusoire) de l'image, il faut comprendre le rythme interne du sujet poétique. C'est un rythme donné par la mobilité aiguë de l'œil, qui se met en situation de percevoi r, de couper et de rassembler des morceaux de réalité. Il suit sa dissolution, en copiant un cliché photographique, et il accompagne son évolution, par la percussion d'un imaginaire symptomatique: Un morceau de photographie/ retenu par les saules du lac effleuré affectivement/ voir le procès La Brasserie du Bonheur/les clients surpris sous l’imperméable de l’accusée/ trois cent quarante éclats pièces à jour dans le dossier/ la cafetière oubli ée sur le sable/ ébréchée lors du premier frémissement/ c'est pourquoi celui qui veille à la porte reste en boule/ il colle au seuil le début d’une 1 Voir Mariana Codruţ, Rodica Draghincescu, Poesis International, 2018, nr. 1 (21): 18. 2 Rodica Draghincescu, Fiecare avem sub pat niște fotografii de care ne este rușine, Timișoara, Marineasa, 1995. 3 Voir Claudiu Komartin, Rodica Draghincescu, Poesis International, 2018, 1 (21): 18.