MISE AU POINT Mesurer le stress professionnel Measuring occupational stress É. Albert a, * , L. Bellinghausen a,b , J. Collange a,b , M.-C. Soula a,c a Institut français d’action sur le stress, 5, rue Kepler, 75116 Paris, France b Laboratoire Adaptations Travail Individu, université Paris Descartes, 71, avenue Édouard-Vaillant, 92100 Boulogne-Billancourt, France c Service de pathologie professionnelle, hôpital Poincaré, 104, boulevard Raymond-Poincaré, 92380 Garches, France Mots clés : Stress professionnel ; Mesure ; Questionnaire ; Soutien social ; Management Keywords: Occupational stress; Measurement; Questionnaire; Social support; Management Le stress professionnel est devenu un sujet dont les politiques et les entreprises se sont saisis de façon récente en France. Reste à savoir si, derrière ce mot, tous parlent de la même chose. Nous verrons que les auteurs eux-mêmes ont des conceptions assez différentes du sujet et que lorsqu’on parle de mesurer, encore faut-il savoir quoi mesurer et comment le mesurer. D’un point de vue médical, le stress correspond à un ensemble de changements physiologiques et neurologiques. Selye a décrit en 1935 le syndrome général d’adaptation, puis les auteurs ont affiné la connaissance physiologique du phénomène [1]. Dans un second temps, le terme de stress sera utilisé de façon plus large pour désigner un ensemble de mécanismes à la fois biologiques et psychiques, notamment avec Mason qui introduit la dimension émotionnelle [2]. Enfin, le terme sera élargi vers une dimension psychosociale avec les travaux de Karasek, Lazarus et Folkman puis Siegrist [3–5]. Progressive- ment, on voit ensuite apparaître les notions de risques psychosociaux, de facteurs psychosociaux au travail et de santé mentale, notions plus larges qui englobent les problématiques aussi diverses que le stress, le harcèlement moral, la violence, la souffrance, le suicide, la dépression, les troubles musculosque- lettiques, l’épuisement professionnel, etc. Les chercheurs ont parfois du mal à positionner le stress dans un champ précis. Le congrès co-organisé par Inserm- CNRS-MIRE fait le point sur les travaux scientifiques relatifs au stress et décrit le concept comme « un concept à l’interface des sciences de la vie et des sciences humaines et sociales » [Congrès Inserm-CNRS-MIRE : Le stress, un concept à l’interface des sciences de la vie et des sciences humaines et sociales. Dourdan, 4–5 juillet 2003]. Parallèlement, les politiques s’emparent du sujet. L’Europe fait de ce thème une de ces priorités d’action en 2002 et un accord cadre européen est signé le 8 octobre 2004 très récemment retranscrit en France [6]. Ce dernier a ainsi donné lieu le 2 juillet 2008 à un accord national interprofessionnel (ANI) sur le stress professionnel (Bulletin officiel du ministère, fascicule conventions collectives n o 2009/2, disponible à la Direction des journaux officiels, 26, rue Desaix, 75727 Paris cedex 15) [7]. Cet accord permet d’avoir une définition consensuelle de l’état de stress. Celui-ci est défini comme un « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ». Néanmoins, il faut noter que l’élargissement de la notion de stress au risque psychosocial a conduit à l’émergence de multiples approches et prises en charge qui manquent souvent de rigueur et de fondement scientifique. Le sujet est souvent emprunt d’une idéologie sous-jacente. La prise en charge du stress en entreprise a tout d’abord été abordée sur un mode individuel afin d’aider les salariés à développer des capacités de faire face. La démarche collective a plutôt été portée par une analyse des causalités organisation- nelles et du management puis l’accompagnement des différents acteurs de l’entreprise. Notons qu’à l’heure actuelle, ces deux Archives des Maladies Professionnelles et de l‘Environnement 71 (2010) 130–138 * Auteur correspondant. Adresse e-mail : ea@ifas.net (É. Albert). 1775-8785/$ see front matter ß 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits re´serve´s. doi:10.1016/j.admp.2010.02.012