Canguilhem face à la biopolitique. Pour une critique de la biologisation de la médecine Giulia Gandolf, Ca’ Foscari Università di Venezia L a biopolitique n’est pas un thème fréquemment traité par les critiques de Canguilhem, bien que quelques exceptions notables existent, comme les travaux de Marie Muhle (2014), Michele Cammelli (2006), Nikolas Rose (1998), ainsi qu’un projet soutenu par l’Union européenne et conduit par l’Université Paris 7, dont les découvertes ont été intégrées dans le projet de publication des Œuvres complètes de Canguilhem, en particulier le premier tome (Canguilhem 2011). On pourrait penser que l’absence d’une biopolitique attribuée à Canguilhem est en partie due à l’infuence de son élève, Michel Foucault. Au milieu des années 1970, Foucault a pour la première fois conceptualisé la biopolitique comme la capa- cité – et la possibilité – pour le pouvoir de modifer et de réguler les processus vitaux. À partir de ce moment, la théorie foucaldienne est devenue une référence majeure pour l’analyse des liens entre science et pouvoir, notamment en ce qui concerne la médecine, la vie et la politique. Alternativement, dans ce texte, nous chercherons à mettre en lumière l’importance de la réfexion de Canguilhem sur un pouvoir que l’on pourrait qualifer de biopolitique. Il importe de souligner que, bien que l’on puisse interpréter les pensées de Canguilhem comme des méditations biopolitiques, une telle classifcation s’effectue seulement a posteriori. En effet, pour autant que nous le sachions, Canguilhem n’a jamais formulé de défnition explicite de la biopolitique dans ses écrits. Les analyses de Canguilhem nous serviront de fondement pour avancer que, dès le XX e siècle, l’usage biopolitique de la médecine a mené à la prééminence du biologique sur les plans politique, social et psychologique. Comme nous tenterons de le montrer, cette subs- [Chapitre 4]