MISE AU POINT / UPDATE Les émulsions lipidiques dans le traitement des effets cardiotoxiques des médicaments lipophiles autres que les anesthésiques locaux : antidote ou traitement dexception ? Intravenous lipid emulsion for the treatment of cardiotoxicity due to lipophilic drugs beyond local anesthetics: antidote or rescue therapy? S. De Roock · P. Hantson Reçu le 30 septembre 2010 ; accepté le 1 er octobre 2010 © SFMU et Springer-Verlag France 2010 Résumé Alors quil existe un nombre croissant de données expérimentales et cliniques en faveur dune utilisation précoce démulsions lipidiques pour le traitement des mani- festations cardiotoxiques induites par un surdosage acciden- tel en agents anesthésiques locaux, les données concernant dautres agents pharmacologiques lipophiles (notamment certains bêtabloquants ou inhibiteurs calciques) restent plus fragmentaires. Le mécanisme daction des émulsions lipidi- ques reste largement débattu : effet de chélation dans un com- partiment intravasculaire lipophile, action sur le métabolisme myocardique, action sur les canaux ioniquesLes données expérimentales sont en faveur dune efficacité des émulsions lipidiques sur les conséquences cardiocirculatoires dune exposition toxique à des cardiotropes lipophiles, dans des conditions éloignées de la pratique clinique. Aucune compa- raison na été établie avec des traitements par des antidotes reconnus. Un nombre très limité dobservations cliniques rapporte le succès dun traitement par émulsions lipidiques dintoxications graves par cardiotropes qui avaient conduit à une asystolie ou à un collapsus réfractaire au traitement phar- macologique conventionnel. La posologie et la durée du trai- tement sont empiriques. Les émulsions lipidiques ne répondent pas totalement à la définition dun antidote. Leur utilisation en première ligne, au-delà de lexposition acciden- telle à des doses toxiques danesthésiques locaux, ne peut être actuellement conseillée dans lattente daccumulation de données prospectives defficacité et de sécurité dutilisa- tion. Pour citer cette revue : Ann. Fr. Med. Urgence 1 (2011). Mots clés Émulsions lipidiques · Cardiotoxicité · Antidote · Anesthésiques locaux · Médicaments lipophiles Abstract While there is an increasing number of both expe- rimental and clinical data supporting the early use of lipid emulsion for the resuscitation of cardiotoxic effects induced by accidental exposure to toxic doses of local anesthetics, data regarding other lipophilic drugs (including some beta- blockers or calcium-channel antagonists) are scarce. The mechanisms of action of lipid emulsion remain largely deba- ted: lipid sink with sequestration of lipophilic molecules, action on myocardial metabolism, action on ion channels, etc. Experimental data suggest that intravenous lipid emulsion may be helpful in potentially lethal cardiotoxicity due to lipo- philic medications, but the experimental conditions appear different from the commonly encountered clinical scenarios of overdose by oral route. No comparison is possible with established antidotal therapies. A limited number of clinical observations reports the successful resuscitation with intrave- nous lipid emulsion of severe poisonings due to cardiotoxic drugs, after the failure of conventional pharmacological therapy. The dose and duration of lipid emulsion therapy are empirical. Currently, lipid emulsion therapy does not fulfill entirely the criteria for antidotal therapy. Its first- line use, beyond local anesthetic toxicity, cannot be recom- mended, as more prospective data are required regarding efficacy and safety. To cite this journal: Ann. Fr. Med. Urgence 1 (2011). Keywords Lipid emulsion · Cardiotoxicity · Antidote · Local anesthetics · Lipophilic drugs S. De Roock · P. Hantson (*) Département des soins intensifs, université catholique de Louvain, cliniques Saint-Luc, Bruxelles, Belgique e-mail : philippe.hantson@uclouvain.be P. Hantson Louvain Centre for Toxicology and Applied Pharmacology, université catholique de Louvain, cliniques Saint-Luc, Bruxelles, Belgique Ann. Fr. Med. Urgence (2011) 1:26-32 DOI 10.1007/s13341-010-0004-3