Toxicologie Analytique & Clinique (2015) 27, 216—225 Disponible en ligne sur ScienceDirect www.sciencedirect.com REVUE GÉNÉRALE Adultération de la cocaïne par le lévamisole : quels risques ? Cocaine adulterated with levamisole: Which are the risks? Philippe Hantson a,,b a Département des soins intensifs, cliniques St-Luc, avenue Hippocrate, 10, 1200 Bruxelles, Belgique b Louvain Center for Toxicology and Applied Pharmacology, université catholique de Louvain, Bruxelles, Belgique Rec ¸u le 21 juillet 2015 ; rec ¸u sous la forme révisée le 18 aoˆ ut 2015; accepté le 18 aoˆ ut 2015 Disponible sur Internet le 6 novembre 2015 MOTS CLÉS Cocaïne ; Adultérants ; Lévamisole ; Aminorex ; Toxicité Résumé L’addition de produits de coupage (adultérants et diluants) à la cocaïne n’est pas un phénomène nouveau. Jusqu’à présent, on imaginait que le bénéfice principal pour les nar- cotrafiquants était de diminuer la pureté et donc la quantité nette de cocaïne par échantillon, dans un but économique évident. Cependant, un certain nombre de ces adultérants est doté de propriétés pharmacologiques qui peuvent également induire des effets toxiques propres. Depuis 2003, le lévamisole a été introduit comme adultérant de la cocaïne aux États-Unis et cette pratique s’est rapidement répandue dans le monde, au point qu’actuellement près de 70 % des échantillons saisis de cocaïne sont coupés par du lévamisole. Le lévamisole est histori- quement un agent antihelminthique et immunomodulateur dont l’utilisation a été abandonnée chez l’homme en raison de l’incidence élevée d’effets secondaires sérieux hématologiques et dermatologiques. Il n’est dès lors pas étonnant d’observer des complications similaires depuis l’introduction du lévamisole dans la cocaïne, alors que de nouvelles manifestations pourraient également apparaître. Des données récentes montrent également que le lévamisole peut se transformer chez l’homme en aminorex, une substance amphétaminique, qui pourrait, en cas d’exposition prolongée, entraîner d’autres complications spécifiques (hypertension pulmonaire idiopathique) qui avaient été observées lorsque l’aminorex avait été utilisé comme agent ano- rexigène. Enfin, l’interaction possible du lévamisole et de l’aminorex avec les mécanismes de neurotransmission, notamment sérotoninergique et dopaminergique, peut laisser suspecter que ces substances modifient l’action cérébrale de la cocaïne. © 2015 Société Franc ¸aise de Toxicologie Analytique. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. Correspondance. Adresse e-mail : philippe.hantson@uclouvain.be http://dx.doi.org/10.1016/j.toxac.2015.08.002 2352-0078/© 2015 Société Franc ¸aise de Toxicologie Analytique. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.