ISSN 0035-7073 © Edizioni Scientifiche Italiane « CAS FORTUIT », « EXTRÊME NÉCESSITÉ » ET « CALAMITÉ PUBLIQUE » : LÉGITIMER L’ACTION DES POUVOIRS PUBLICS EN TEMPS DE CATASTROPHE À LA FIN DU MOYEN ÂGE ET AU DÉBUT DE L’EPOQUE MODERNE 1. Une histoire politique de l’urgence de la catastrophe Pour le médiéviste et pour le moderniste, la notion de « catas- trophe naturelle » est un objet totalement anachronique. C’est par convenance qu’il plaque ce mot dans l’étude de sociétés qui ne défi- nissaient nullement l’événement extraordinaire sous un tel angle de vue. Le terme lui-même de catastropha, dont l’emploi est avéré pour la période antique où il signifie « retour de fortune » 1 , est presque ab- sent du vocabulaire latin médiéval. Avant le XVI e siècle, il n’apparaît que dans un contexte médical, en l’occurrence extrêmement spécialisé et lié aux pathologies digestives 2 . Très éloigné de la notion d’accident collectif qui est maintenant la sienne, il est alors d’un usage plus que rare. Les grands lexiques de langue latine produits du XIII e siècle à la fin du XV e siècle, tel que la Summa Britonnis, les dictionnaires de Firmin le Ver (c. 1420-1440) et de Guillaume de Talleur (c. 1490), ou bien encore, dans l’aire germanique, le Vocabularius brevoliquus, n’y font jamais allusion. En tant que tel, la « catastropha » n’appartient tout simplement pas à l’univers langagier des hommes et des femmes de cette époque. Comme beaucoup de termes qui caractérisent la Modernité, l’his- 1 Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré Latin-Français, Paris, Hachette, 1934 (il cite une occurrence de catastropha dans Pétrone). 2 Gerrit Jasper Schenk, Di-sastri : modelli interpretativi delle calamità naturali dal Medioevo al Rinascimento, in Le calamità ambianti nel tardo medioevo europeo : realtà, percezioni, reazioni, Atti del XII convegno del Centro di Studi sulla civiltà del tardo medioevo, ed. Michael Matthaeus et al., Florence, 2010, pp. 23-75.