Jean-Arcady Meyer, Informations In Cognito, 6 (1996), 1-4 —1— Pour une approche complémentaire de l'IA traditionnelle : LE MANIFESTE ANIMAT Jean-Arcady Meyer Directeur de recherche CNRS, AnimatLab, Département de Biologie Ecole Normale Supérieure 46, rue d’Ulm — 75230 Paris Cedex 05 Email : meyer@wotan.ens.fr L'approche animat [Meyer, 1995, 1996a, 1996b] vise à synthétiser des animaux simulés, ou des robots, dont les lois de fonctionnement sont inspirées de celles des animaux réels. Son objectif à court terme est de comprendre les mécanismes qui permettent aux animaux de s'adapter et de survivre dans des environnements plus ou moins changeants et imprévisibles, à des fins à la fois fondamentales et appliquées. Son objectif à plus long terme est de contribuer à l'avancement des sciences cognitives en recherchant en quoi l'intelligence de l'homme s'explique à partir des comportements adaptatifs les plus simples hérités de l'animal, dans une perspective à la fois évolutionniste et ascendante relativement négligée à ce jour. Pour atteindre ces objectifs, l'approche animat postule que les mécanismes sous-tendant les comportements adaptatifs doivent autant que possible être étudiés et conçus en situation, c'est-à-dire en tenant compte des buts que l'animal ou le robot essaie d'atteindre, et des opportunités que l'environnement lui offre pour réaliser ces buts. De ce fait, l'approche animat est une entreprise essentiellement interdisciplinaire, à l'interface entre les neurosciences, les sciences cognitives, l'éthologie, et l'écologie, d'une part, l'informatique et la robotique, d'autre part. Les animats sont des animaux simulés sur ordinateur, ou des robots réels, qui s'avèrent capables de "survivre" ou d'assurer leur mission dans un environnement éventuellement imprévisible ou menaçant. Pour ce faire, les animats doivent maintenir dans leur zone de viabilité les variables essentielles à cette survie ou à cette mission [Ashby, 1952]. Ils doivent donc être équipés de senseurs et d'effecteurs adaptés aux problèmes que leur pose l'environnement, ainsi que d'une structure de contrôle qui leur permette de choisir quelle action accomplir à quel moment (Figure 1), en fonction des buts immédiats et lointains qu'ils essaient d'atteindre. Dans ces conditions, le principal défi de l'approche animat est celui de décider quels senseurs et quels actuateurs doivent être reliés par quelle architecture de contrôle en vue de résoudre quel problème de survie et dans quel environnement. Figure 1 Un animat est "situé" dans un environnement réel ou simulé. Il a des senseurs qui captent des informations de l'environnement externe et/ou interne, des effecteurs qui lui permettent d'agir dans l'environnement, et une structure de contrôle qui coordonne ses perceptions et ses actions. Le comportement d'un animat peut être qualifié d'adaptatif tant que sa structure de contrôle permet de maintenir ses variables essentielles (par exemple, V1 et V2) dans leur zone de viabilité. Ici, une action correctrice a été accomplie au point B, de façon à éviter de quitter la zone de viabilité au point A. Dans la mesure où cette structure de contrôle sert aussi à choisir les buts successifs que l'animat cherche à atteindre ou à arbitrer entre des buts conflictuels, elle joue le rôle d'un système motivationnel. L'organisation de la structure de contrôle peut être modifiée par des processus de développement, d'apprentissage ou d'évolution. Il devrait être clair à ce stade que les objectifs fondamentaux et appliqués de l'approche animat recoupent ceux de l'Intelligence Artificielle (IA) traditionnelle [Barr & Feigenbaum, 1981] en bien des points. Cependant, dans leur tentative commune