Boucharel/Poèmes amérindiens/p. 1 Poèmes amérindiens Choix, traduction et notes par Florent Boucharel El verso es el primer lenguaje de la humanidad. (Ernesto Cardenal) « Le vers est le premier langage de l’humanité. » Parmi les traductions poétiques de mon blog, j’ai eu l’occasion de présenter des poèmes contemporains d’Amérique écrits en langue indigène (shuar et quechua), traduits en français par le biais de l’espagnol, dans « Poésie indigène contemporaine d’Équateur ». Il s’agit là de littérature écrite et non de poésie traditionnelle, orale. J’ai également traduit de la poésie orale papoue, par le biais de l’anglais, dans « Poèmes de Papouasie », où l’on trouve aussi des exemples de poésie anglophone contemporaine de Papouasie-Nouvelle Guinée. Est ici traduite de la poésie orale amérindienne, à partir des versions espagnoles du poète Ernesto Cardenal figurant dans son Anthologie de poésie primitive (Antología de poesía primitiva, Alianza Editorial, 1 a ed. 1979, 3 a ed. 2004). (Que l’on ne m’en veuille pas de traduire primitivo par « primitif », si l’ami des indigènes Ernesto Cardenal ne juge pas ce terme désobligeant envers les Indiens d’Amérique, et bien que l’usage soit désormais d’employer en français le terme « premier », depuis l’inauguration du Musée des arts premiers à Paris en 2006.) Dans l’introduction de son anthologie, Cardenal explique que ce recueil a été le fruit du travail de longues années, au cours desquelles il a glané dans les bibliothèques la poésie qu’il pouvait trouver dans les ouvrages d’ethnologie publiés en espagnol, anglais ou allemand. Le champ de ses recherches ne s’arrêtait d’ailleurs pas à l’Amérique et aux Amérindiens, et l’anthologie comporte des exemples de poésie orale de bien d’autres parties du monde. C’est le fait que cette anthologie ait été compilée par Ernesto Cardenal, pour moi le plus grand poète contemporain, aujourd’hui nonagénaire, qui m’a décidé, après m’être promis d’explorer le champ de la poésie orale amérindienne, à entreprendre ces traductions ; quand j’appris qu’il avait réalisé ce travail, je sus que c’était l’œuvre dans laquelle je devais puiser mes textes. (Je me suis déjà servi de deux anthologies poétiques de Cardenal dans cette même série de traductions, l’une sur la poésie de la Révolution cubaine, avec laquelle la série a commencé, l’autre sur la poésie révolutionnaire du Nicaragua.) Cette poésie primitive, ou première, des Amérindiens aborde parfois des thèmes modernes. Comment en irait-il autrement dès lors que les peuples premiers perpétuent leurs antiques traditions malgré les contacts de plus en plus fréquents et profonds avec le monde moderne pour ceux de ces peuples qui ne se sont pas complètement éteints ou fondus dans ce