Ostéites fongiques exotiques Fabrice Simon 1 *, Christophe Rapp 2 , Jean-Ariel Bronstein 1 , Pierre Jeandel 3 1 Service de médecine, centre hospitalier des armées Bouffard, République de Djibouti ; 2 Service des maladies infectieuses et tropicales, hôpital d’instruction des armées Bégin, 94160 Saint-Mandé, France ; 3 Institut de médecine tropicale du service de santé des armées, le Pharo, 13998 Marseille, France mycoses systémiques / mycétomes / mycoses osseuses / infections osseuses systemic mycosis / mycetoma / fungal osteitis / bone injections Vingt ans se sont écoulés depuis l’article de Drouhet et Dupont détaillant, dans cette même revue, les différen- tes ostéoarthrites à champignons [1]. Depuis cette date, l’actualité des mycoses humaines s’est nettement enri- chie : incidence accrue des mycoses opportunistes sur immunodéficience induite ou acquise, pathogénie mieux comprise, nouveaux outils diagnostiques, médi- caments antifongiques innovants. En 2001, ostéites et arthrites fongiques restent néanmoins des pathologies d’exception. Elles résultent soit de la dissémination d’une mycose cosmopolite (candidose, aspergillose, cryptococcose), soit d’une mycose exotique ostéophile. Les mycétomes fongiques et l’histoplasmose africaine dominent les ostéites fongiques exotiques observées en France, les autres mycoses exotiques étant plus rares et/ou moins ostéophiles. Le rhumatologue, le chirur- gien orthopédique et l’infectiologue sont susceptibles de prendre en charge ces pathologies d’importation du fait de l’accroissement de l’immigration et des évacua- tions sanitaires intercontinentales. Depuis 20 ans, l’inci- dence, le tableau clinicoradiologique et l’approche diagnostique de ces ostéites exotiques ont peu évolué, mais de grandes avancées thérapeutiques ont été obte- nues. Les nouveaux dérivés azolés sont désormais au centre des stratégies thérapeutiques modernes [2], sauf pour les mycétomes fongiques qui demeurent orphelins d’un traitement médical efficace. Par définition, les mycétomes d’origine bactérienne ne sont pas détaillés dans cette revue, figurant au diagnostic différentiel des mycétomes fongiques dont ils ne partagent pas les difficultés thérapeutiques. PATHOGÉNIE Trois acteurs jouent un rôle dans la genèse d’une atteinte osseuse au cours d’une mycose exotique : le champi- gnon, le tissu osseux et l’immunité cellulaire. En effet, toute lésion osseuse résulte du mode d’invasion et du degré d’ostéophilie du champignon ainsi que de l’inten- sité de la réponse inflammatoire de l’hôte sous l’influence de son immunité cellulaire. Le champignon exotique Quelques centaines d’espèces fongiques sont pathogè- nes pour l’homme, soit directement, soit sur un mode opportuniste [3]. Les champignons exotiques, aussi dénommés endémiques, sont définis par leur inféoda- tion à une région intertropicale bien circonscrite. On en dénombre quelques dizaines d’espèces qui se dévelop- pent dans le sol ou sur certains végétaux, sous l’influence de la chaleur, de l’hygrométrie et de l’altitude. Seule une petite vingtaine d’entre eux peut induire une ostéite chez l’homme, notamment grâce à leur xérophilie qui permet leur survie dans un milieu sec comme l’os. Il s’agit soit de champignons filamenteux responsables des mycétomes fongiques, soit de champignons dimor- phiques caractérisés par une forme « parasitaire » – sou- vent lévuriforme – chez l’hôte et par une forme saprophyte distincte observée en culture [4]. Les clini- *Correspondance et tirés à part : SP 85024, 00812 Armées, France. Adresse e-mail : simon-f@wanadoo.fr (F. Simon). Rev Rhum [E ´ d Fr] 2002 ; 69 : 822-34 © 2002 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés S1169833002003836/SSU