Stratégie franco-tchadienne et sécurisation migratoire africaine : un pari géopolitique risqué Julien Durand de Sanctis 1 Le 28 août 2017, la présidence française organisait un sommet sur la question migratoire sahélo-européenne réunissant les présidents du Niger, du Tchad, les chefs des gouvernements allemand, italien, espagnol et libyen ainsi que la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères. À l’issue de ce sommet, l’Elysée formulait une déclaration conjointe avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) exprimant la volonté de créer des structures de premier accueil dans certains pays du Sahel comme le Niger et le Tchad afin d’examiner et d’identifier les migrants en provenance d’Afrique en fonction de leur statut 2 . Un mois auparavant, le président Macron évoquait la possible implantation de « missions de protection en vue de la réinstallation des réfugiés en Europe » 3 , au Tchad, de sorte à mieux réguler l’immigration illégale et permettre un accueil de ces migrants dans un pays considéré, par le président, comme « sûr ». Cette proposition s’inscrit dans le contexte européen d’un renforcement des outils de contrôle et de lutte contre l’immigration irrégulière, orientation poli- tique désormais durable et notable de l’approche migratoire de la part de l’Union européenne. Elle suscite cependant de nombreuses interrogations du fait de la proposition de la présidence française de faire d’un pays comme le Tchad un potentiel hotspot, alors même qu’une telle approche a été mise en œuvre, dans des conditions difficiles et précaires, deux ans auparavant en Italie et en Grèce. Dans quelle mesure le Tchad présente-t-il des conditions propices à l’accueil et à l’identification des migrants en provenance d’Afrique ? Plus généralement, un tel partenariat franco-tchadien en matière d’immigration représente-t-il une solution viable ou présente-t-il au contraire un certain nombre de risques pouvant, à terme, 1 Docteur en science politique, chargé d’enseignement à l’Université Jean Moulin-Lyon et chercheur associé à l’IR- SEM. 2 <www.elysee.fr/declarations/article/declaration-conjointe-missions-de-protection-en-vue-de-la-reinstallation-de-refu- gies-en-europe/>. 3 Demandes d’asile: Macron défend ses «hotspots» au Niger et au Tchad, <www.liberation.fr/planete/2017/08/28/ demandes-d-asile-macron-defend-ses-hot-spots-au-niger-et-au-tchad_1592571> [25 octobre 2017].