TUMULTES, numéro 24, 2005 Etre citoyen du monde Valérie Gérard Université Lille III Le cosmopolitisme d’Epictète et de Marc-Aurèle n’est pas une pensée politique de l’unité du monde, critique des frontières conventionnelles et des illusions patriotiques causes des guerres, mais une pensée métaphysique et morale, dont le terme essentiel n’est pas celui de cosmopolis , de monde-cité — seule vraie cité opposée aux cités historiques factices, ou idéal régulateur des relations entre Etats — mais celui de cosmopolitès, de citoyen du monde, qui définit l’homme par son rapport essentiel au monde, par sa place et ses devoirs en tant qu’il est « du monde ». Le cosmopolitisme n’a donc pas tant pour vocation de décrire l’harmonie du monde et l’unité de l’humanité, que la nature et la condition mondaines de l’homme. D’ailleurs, l’expérience fondamentale par rapport à laquelle se développe cette pensée n’est pas celle de la guerre mais de l’exil, expérience du malheur parmi d’autres, quoique particulièrement douloureuse, mais aussi paradigme des maux humains, et finalement de la condition humaine en général. Il faut alors concilier la double définition de l’homme comme citoyen du monde et comme perpétuel exilé, comme étant à la fois chez soi et étranger dans le monde. Penser l’homme comme citoyen du monde, c’est considérer qu’il est constitué par son rapport au monde, que pourtant il doit instaurer consciemment et librement. Toute l’éthique est ainsi ordonnée à ce rapport au monde, qui ne va pas