1 ANALOGIE ENTRE LE MÉTIER À TISSER VERTICAL ET LE SYSTÈME VESTIBULAIRE Par Philippe Roi et Tristan Girard Avec la contribution de Jean-Daniel Forest (1) †, ChrisƟan Chabbert (2) et Catherine Breniquet (3) (1) Spécialiste du Proche-Orient Ancien, Chercheur au CNRS, Enseignant à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, (2) Coordinateur de Recherche au CNRS, INSERM U1051, Institut des Neurosciences de Montpellier, Laboratoire de Physiologie et Thérapie des désordres vestibulaires, (3) Professeur en Histoire de l'Art et Archéologie Antiques à l’Université Blaise-Pascal Clermont II. Relecture : Alain Sans (4) , Michel Leibovici (5) , Bernard Schotter (6) . Avec la participation de Anne-Sophie Nivière (7)† et Marie-Pierre Puybaret (8) (4) Professeur Honoraire de Neurobiologie Sensorielle, INSERM Université de Montpellier, Président Général de l’Académie des Sciences et des Lettres de Montpellier. (5) Docteur en Biologie Cellulaire et Moléculaire de l’Université Paris VI, Chercheur au CNRS, Institut Cochin, INSERM U1016. (6) Administrateur Général du Mobilier National des Manufactures des Gobelins de Paris. (7) Chef d’Atelier de Haute-lisse à la Manufacture des Gobelins. (8) Tisserande et Enseignante en Art textile, Recherche de textiles anciens pour le CNRS. Pour citer cet article : Roi, Philippe et Girard, Tristan, « Le métier à tisser vertical et le système vestibulaire », La Théorie Sensorielle. I - Les Analogies Sensorielles, First Edition Design Publishing (2013) pp. 101-116 et sa bibliographie pp. 272-279. Copyright 2013 par Philippe Roi et Tristan Girard Résumé : Chez l’homme, la perception de la pesanteur et la notion de verticalité résultent de l’interaction de plusieurs capteurs sensoriels : les récepteurs vestibulaires – spécialisés dans la détection des déplacements statiques et des accélérations linéaires et angulaires –, les propriocepteurs musculaires et articulaires et les capteurs visuels. L’ensemble de ces informations sensorielles informe le système nerveux central sur la position de la tête par rapport au tronc et aux membres, et au-delà, sur la stature et le déplacement de l’organisme par rapport au vecteur gravitationnel. Sur un plan conceptuel, des similitudes apparaissent entre le mode de fabrication d’une étoffe à l’aide d’un métier à tisser vertical et le mode d’acquisition de l’information vestibulaire, responsable de la notion de verticalité chez l’homme. Le tissage d’un textile par les Mésopotamiens ainsi que l’acquisition et le traitement d’une information vestibulaire emploient, en effet, un même élément moteur : la force de gravité terrestre. Abstract: In man, a feeling of gravity and verticality results from the interaction of several sensors: the vestibular receptors, which are dedicated to static displacement and linear accelaration sensing, the articular and muscular proprioceptors and, finally, the visual sensors. This set of sensory information not only informs the central nervous system of the head position in relation to the trunk and limbs, but also of body stature and displacement in relation to gravitational vector. Conceptually, there are similarities between the weaving of cloth on a vertical loom and the acquisition and processing of vestibular information, which allow us to perceive verticality. Indeed, both the Mesopotamian weaving process and vestibular acquisition and processing use the same driving force: earth’s gravity. Au cours de la seconde moitié du 4 e millénaire, les échanges entre les communautés de haute et de basse Mésopotamie auraient évolué 1 , entraînant de profonds changements dans la production des textiles. Il est vraisemblable, en effet, qu'un déséquilibre soit survenu dans les relations de réciprocité entre les Urukéens et les villageois du Nord lorsque ces derniers se sont aperçus que la progéniture des ovins, acquise à grands frais, n'héritait pas des qualités rarissimes de leurs reproducteurs. De fait, les caractéristiques de leur pilosité ne pouvaient se transmettre d'une génération à l'autre sans poursuivre un régime alimentaire composé de céréales et de foin à forte teneur en sel 2 ; régime que les éleveurs du Nord ne pouvaient leur fournir, les récoltes suffisant à peine à nourrir leurs familles. De leur côté, les Urukéens, avec pour seule monnaie d'échange leurs céréales et leurs ovins, n'auraient plus été en mesure d'exiger autant de produits exotiques en ne fournissant que de la laine brute. Seul un produit 1 Schwartz, M. et al. (1999) Pollock, S. (1999) Rothman, M.S. (2002) Huot, J.-L. (2004). 2 NRC (1985) Kott, R. (1998) Jurgens, M.H. (2002) Chavancy, G. (2005).