© L’Encéphale, Paris, 2008. Tous droits réservés. L’Encéphale (2007) Supplément 1, S27-S30 journal homepage : www.elsevier.com/locate/encep Effets cardio-vasculaires des antipsychotiques : synthèse pour le clinicien E. Corruble Faculté de Médecine Paris-Sud, INSERM U 669. CHU 94230 LE Kremlin Bicetre Avant d’aborder les effets cardio-vasculaires des antipsy- chotiques (AP), il est important d’avoir présent à l’esprit le risque cardio-vasculaire induit par la schizophrénie elle- même. Ainsi, la première cause de mortalité des patients schizophrènes est représentée par les maladies cardio-vas- culaires. Les mécanismes d’action des AP sur le cœur et les vais- seaux peuvent être résumés en quatre points. Les AP ont des effets antagonistes sur les récepteurs post-synaptiques cholinergiques et alpha-1 noradrénergiques. Ces molécules bloquent également les canaux ioniques potassiques, et dans une moindre mesure sodiques et calciques. Par ailleurs, des travaux récents conduits chez l’Animal ont mis en évidence un effet cardiotoxique direct des AP, qui indui- sent une augmentation significative du poids du cœur de lapin [2]. De même, des travaux français récents [15] ont montré que les concentrations intra-cardiaques d’AP sont nettement supérieures (d’un rapport de 2 à 6) aux concen- trations plasmatiques, soulignant le tropisme cardio-vascu- laire des antipsychotiques. Dans cet article, nous aborderons successivement les différents types d’effets cliniques cardio-vasculaires de ces molécules : la tachycardie et l’hypotension orthostatique, le syndrome métabolique, les myocardites et cardiomyopa- thies, l’allongement de l’espace QT et les torsades de pointe et enfin les morts subites. Hypotension orthostatique et tachycardie L’hypotension orthostatique induite par les AP est liée à l’antagonisme des récepteurs adrénergiques alpha-1 post- synaptiques. La tachycardie induite par les AP est liée à deux mécanismes réceptoriels principaux : l’antagonisme des récepteurs alpha-1 adrénergiques post-synaptiques, qui est à l’origine d’une tachycardie réactionnelle à l’hypo- tension orthostatique et l’antagonisme des récepteurs cho- linergiques post-synaptiques. Ces effets sont souvent dose-dépendants. L’hypotension orthostatique peut être à l’origine de signes fonctionnels comme des sensations vertigineuses et de malaise aux changements de position, des lipothymies et des chutes. Il existe des différences entre AP pour le risque de sur- venue d’hypotensions orthostatiques. Selon l’école fran- çaise, les molécules induisant le plus ces effets indésirables sont celles qui ont le plus d’effets neurovégétatifs et le moins d’effets neurologiques : par exemple la lévomépro- mazine. Selon l’école nord-américaine [5], les molécules dites à « low-potency », c’est-à-dire celles pour lesquelles des doses élevées sont nécessaires à l’efficacité (comme la chlorpromazine, la thioridazine, ou la clozapine) seraient celles qui induisent le plus d’hypotensions orthostatiques. Celles qui en induiraient le moins sont les molécules dites à « high-potency », c’est-à-dire celles pour lesquelles les doses efficaces seraient des doses plus faibles (comme l’halopéri- dol, la rispéridone, l’olanzapine ou l’aripiprazole). * Auteur correspondant. E-mail : emmanuelle.corruble@bct.ap-hop-paris.fr L’auteur n’a pas signalé de conflits d’intérêts. 4487_13_Cor r ubl e. i ndd 27 4487_13_Corruble.indd 27 12/ 12/ 07 9: 18: 40 12/12/07 9:18:40 > XPress 6 Noir