1 L’orgaŶisŵe : concept hybride et polémique à paraître dans J.-J. Kupiec, dir., Une histoire critique de la biologie, Paris, Belin, 2012 Charles T. Wolfe Centre for History of Science, Department of Philosophy and Moral Sciences Ghent University Associate, Unit for History and Philosophy of Science University of Sydney charles.wolfe@ugent.be LoƌgaŶisŵe Ŷest Ŷi uŶe découverte comme la circulation du sang ou la fonction glycogénique du foie, ni une théorie ďiologiƋue paƌtiĐuliğƌe Đoŵŵe lĠpigeŶğse ou le pƌĠfoƌŵatioŶŶisŵe. Il sagit duŶ concept qui joue une série de rôles, parfois explicites, parfois masqués au sein de lhistoire de la biologie. De fait, il a parfois été présenté comme un concept-clé dans la pensée et la science du vivant (au sens où la biologie serait une science des organismes ou « ne sera pas »), pour être ensuite refusé ou « réfuté » paƌ dautƌes ĠĐoles ou teŶdaŶĐes, à liŶstaƌ duŶ Richard Dawkins affirmant que nous ne sommes que les instruments de transmission du « gène égoïste ». La situatioŶ est ĐoŵpliƋuĠe paƌ le fait Ƌue loƌgaŶisŵe, peut-ġtƌe paƌĐe Ƌuil est plus proche du « corps » que de la « molécule », est souǀeŶt loďjet diŶǀestisseŵeŶts thĠoƌiƋues quasi-affectifs qui le présentent comme essentiel, peut-ġtƌe ŵġŵe Đoŵŵe le piǀot duŶe sĐieŶĐe ou duŶe appƌoĐhe sĐieŶtifiƋue paƌtiĐuliğƌe, alors que dautƌes appƌoĐhes le ƌejetteŶt, ligŶoƌeŶt, ǀoiƌe lattaƋueŶt aǀeĐ uŶ dLJŶaŵisŵe Ġgal, eŶ lassiŵilaŶt à uŶ ƋuelĐoŶƋue « vitalisme » ou autre doctrine présentée comme étant pré- ou pseudo-scientifique. On peut évidemment se poser la question de lexistence ŵġŵe de loƌgaŶisŵe, comme la fait il LJ a uŶe ǀiŶgtaiŶe daŶŶĠes la ƌeǀue American Zoologist (un des articles dans ce numéro spĠĐial siŶtitule « Do organisms exist ?», Ruse 1989), ou plus récemment des philosophes et chercheurs en biologie théorique (Huneman et Wolfe, dir., 2010). Cette question existentielle – loƌgaŶisŵe existe-t-il ou non ? ne serait-il ƋuuŶ effet, uŶe pƌojeĐtioŶ Ƌuasi-anthropomorphe du regard humain ? – tire son sens du constat fréquent selon lequel la biologie progresserait en se mécanisant et surtout se molécularisant, ce qui devrait mener à la disparition de concepts plus « anciens » tel Ƌue loƌgaŶisŵe. Depuis le XIX e siècle, et dans des trajectoires scientifiques tout à fait diverses et non rattachées, de la psychophysique à la biochimie, on affirme souvent Ƌue la ƌĠalitĠ de loƌgaŶisŵe a dispaƌu au pƌofit dedžpliĐatioŶs ŵolĠĐulaiƌes ou atoŵiƋues, parfois pour déplorer cette situation (perte de sens, perte de repères, déshumanisation, etc.),