Effet de la perception du REX et du climat de sécurité sur l’implication dans les pratiques de REX Lessons-learned system perception, safety climate and motivation to learn from past accidents Safiétou MBAYE et D. Rémi KOUABENAN Philippe SARNIN Laboratoire Interuniversitaire de Psychologie Université Pierre Mendès-France Grenoble 2 U.F.R. Sciences de l’Homme et de la Société BP 47 – 38040 GRENOBLE Cedex 9 – France Groupe de Recherche en Psychologie Sociale (GRePS). Institut de Psychologie - Université Lyon 2 F-69676 BRON Cedex – France Résumé La présente étude s’intéresse à l’influence de la perception du REX et du climat de sécurité sur la motivation des acteurs de l’organisation à s’impliquer dans le REX, ainsi que sur l’utilisation effective des outils qui s’y consacrent. Elle est conduite sur deux sites industriels, à savoir un site chimique et un site nucléaire. La méthodologie utilisée repose sur la passation d’un questionnaire auprès de 302 participants. L’âge moyen des participants est de 41.8 ans. Ils sont issus de différents domaines d’activité (maintenance, exploitation, prévention, etc.), et de différents niveaux hiérarchiques (ouvriers, techniciens, cadres moyens, cadres supérieurs). Nous réalisons dans un premier temps des analyses de régression multiples pour déterminer l’influence de la perception du REX et du climat de sécurité sur la motivation des agents pour le REX. Nous effectuons dans un deuxième temps une analyse de variance multiple pour appréhender l’effet du niveau hiérarchique et de l’entreprise d’appartenance sur : 1) la motivation pour le REX ; 2) l’utilisation des outils de REX ; 3) la perception du REX ; et 4) la perception du climat de sécurité. Les analyses de régression indiquent que plus les agents perçoivent positivement le REX, plus ils sont motivés à y participer (Bêta=.28, p<.001), et plus ils utilisent les outils qui s’y rapportent (Bêta=.53, p<.001). L’analyse de variance indique qu’il n’existe pas de différence de motivation pour le REX entre les acteurs des deux secteurs d’activité. En revanche, il apparaît que les acteurs du secteur chimique utilisent davantage les outils de REX, et qu’ils ont une meilleure perception du REX et du climat de sécurité que ceux du secteur nucléaire. Les résultats de l’étude indiquent également des différences d’attitude vis-à-vis du REX suivant le niveau hiérarchique. Pour conclure, nous soulignons la nécessité d’organiser autrement certaines pratiques de REX pour mieux répondre aux besoins des acteurs, mais aussi dans le but d’accroître leur participation. Summary This study examines the influence of organizational lessons-learned system perception and safety climate perception on individuals’ motivation to get involved on lessons-learned practices and on the effective use of tools related to lessons-learned practices. 302 participants were interviewed, representing 144 from a chemical site, and 158 from a nuclear power plant. The average age of participants is 41.8 years. They come from various fields of activity (maintenance, operations, prevention), and various hierarchical levels (workers, technicians, middle managers, executives). We carry in the first instance a multiple regression analyses to determine the influence of the perception of organizational lessons-learned system and safety climate on individuals’ motivation to get involved on experience feedback practices. We perform in a second instance a multiple analysis of variance for capture the effect of the hierarchical level and corporate membership on the motivation to get involved on experience feedback practices, the use of tools related, lessons-learned system perception, and safety climate perception. The regression analyses indicate that the more participants perceive positively their organizational lessons- learned system, the more they are motivated to participate (beta =. 28, p <.001), and the more they use the tools related (beta =. 53, p <.001). Analysis of variance indicates that there is no difference in motivation to get involved on experience feedback practices between individuals from both industries. However, it appears that participants from chemical branch are more likely to use lessons-learned tools, and they have a clearer view of organizational lessons-learned system and safety climate than participants from the nuclear branch. The survey results also highlight differences in attitude towards the organizational lessons-learned system following the hierarchical level. Finally, we emphasize the need to hold otherwise organizational lessons-learned practices to better meet the needs of actors, but also with the aim of increasing their participation. 1. Introduction et objectifs de l’étude La présente étude vise à comprendre en quoi la perception du REX et du climat de sécurité influence l’implication des individus dans des pratiques de REX. Des études soulignent justement l’influence de ces dimensions sur les modes de communication en matière de sécurité. Mullen [1] indique que la perception de l’attention portée à la sécurité par le top-management ainsi que la perception de l’importance de la sécurité influencent grandement l’efficacité perçue des programmes de prévention. Il précise également que les individus sont davantage disposés à exposer les problèmes de sécurité qu’ils rencontrent à leur hiérarchie lorsqu’ils sont convaincus de l’efficacité des programmes de prévention. D’autres auteurs insistent sur la nécessité de renforcer les groupes participatifs en créant une dynamique d’ouverture vis-à- vis de la communication sur les questions de sécurité ; le but étant de réduire les appréhensions qu’ont les salariés par rapport à la manière dont leurs suggestions sont perçues par leur encadrement [2], [3], [4], [5]. Dans la même veine, Edmondon [6] montre dans une analyse comparée des pratiques de reporting de deux unités de soin que la propension des individus à partager leurs expériences est fortement associée à la perception de la qualité des échanges à l’intérieur du collectif de travail. Van der Schaaf et Kanse [7] révèlent pour leur part que la perception des salariés de la faible exploitation des données qu’ils rapportent à leurs managers constitue une source de désengagement vis-à-vis des pratiques de REX. Ces auteurs indiquent également que les coûts de traitement des accidents (trop de temps, trop difficile) expliquent en partie la démotivation des acteurs de l’organisation par rapport aux démarches de reporting. De manière plus concrète, Kouabenan [8] décrit dans un chapitre d’ouvrage consacré au rôle des croyances sur les comportements de protection, les caractéristiques des programmes de prévention efficaces. Il met notamment l’accent sur le fait qu’un bon programme de prévention doit combiner différents modes d’intervention pour développer la connaissance des risques de la population ciblée. Il insiste également sur le dosage des interventions (durée, espacement des interventions, nombre d’interventions, etc.). En matière de REX, les résultats de ces études sont importants parce que la mise en œuvre des procédures qui s’y réfèrent repose essentiellement sur la participation des acteurs de l’organisation. Dans les secteurs du nucléaire et de la chimie qui nous intéressent présentement, les pratiques de REX reposent sur la mise en œuvre de différents modes de partage et de diffusion des expériences 16 me Congrès de Maîtrise des Risques et de Sûreté de Fonctionnement - Avignon 6-10 octobre 2008 - communication 8D-2 page 1/7