LA FORTERESSE DE L'OUBLI LA FORTERESSE DE L'OUBLI 1 I. Des ‘Masques de Fer’ dans l’Iran sassanide La réclusion de personnages de haut-rang dans une forteresse-prison est relativement bien attestée dans l’Empire sassanide 2 . L’un de ces lieux est la forteresse Gruandakan (ainsi nommée dans la tradition armé- nienne) près de Ctésiphon, là où le roi Hormizd IV, à la fin du VI e siècle, avait enfermé ses adversaires politiques (SEBEOS, §10) 3 . Il s’agit proba- blement du même lieu situé «sur une colline en face de la ville» (ZOS., II, 27, 2), où avait été jadis reclus le prince Hormisdas qui, à la mort de son père (5 sept. 309), fut emprisonné par son frère aîné (détails dans ZON., XIII, 5, 18 ss). Selon Zosime, l’évasion aurait été organisée par l’épouse du prince qui lui aurait fait parvenir une lime cachée dans un poisson 4 . On ne peut exclure qu’il s’agisse de la même prison que celle où le prophète Mani aurait fini ses jours. Mais la prison la plus célèbre de l’Empire sassanide est la Forteresse de l’Oubli située dans le Xuzistan (Susiane), ainsi qu’en attestent les nombreuses sources classiques et arméniennes 5 . La première mention explicite de la forteresse remonte à 368 après J.-C. environ, lorsque le roi d’Arménie Arsacès (Arsak) fut déchu de son trône par l’expansion sassanide dans le Caucase du sud. Selon Ammien (XXVII, 12, 3), le 1 Communication présentée au colloque Carcer II, organisé par l’Université de Stras- bourg (décembre 2000). Nous remercions les organisateurs de nous avoir permis de pu- blier le texte dans Le Muséon: pour sa version définitive, j’ai profité notamment des sug- gestions de Bernard Coulie, que je remercie. 2 Voir, en général, CHRISTENSEN 1944, p. 307 s. 3 PEETERS 1944, p. 112 s.; sur le contexte de ce passage voir HOWARD-JOHNSTON 1999, p. 168 s. 4 Après son évasion (kaì dià toútou met' âsfaleíav diaswqeív), Hormisdas cher- cha refuge chez Constantin, qui l’accueilla avec tous les honneurs. Cependant, bien que l’on sache qu’Hormisdas soit resté à Rome un certain temps, il est difficile de dater avec précision son arrivée. Zosime suggère la date de 324, tandis que, selon Jean d’Antioche (fr. 178.1), Hormisdas alla se réfugier non pas auprès de Constantin, mais auprès de Lici- nius (parà Likinníou filotímwv üpedéxqj). Devant deux traditions différentes, la pru- dence fait indiquer à Zonaras kaì pròv ¨Rwmaíouv âpédra kaì üpedéxqj filotimó- tata. Selon PASCHOUD 1971, p. 218 s., les données seraient inconciliables, tandis que BLOCKLEY 1992, p. 10 et 173 n. 16, pense que Hormisdas est passé à ‘Rome’ en 324. En général, voir maintenant MOSIG-WALBURG 2000. 5 Le travail le plus complet sur ce lieu est un bref article de Erich KETTENHOFEN (1988), concernant le nom et le site de la prison.