Rome et la Grèce à la basse période hellénistique : monnaies et impérialisme par Olivier Picard Depuis que Polybe a posé dans son introduction à ses Histoires (I, 1,5) la célèbre question « comment et par quel genre d’institutions presque toute la terre habitée est-elle passée en moins de cinquante-trois ans sous la seule autorité de Rome », les Modernes qui s’intéressent à la basse période hellénistique n’ont cessé à leur tour de s’interroger sur l’existence même, la nature et les formes de cette ρχ, qui traduit ici le mot romain imperium, d’où dérive notre concept d’« impérialisme ». Sans préten- dre me mettre dans les pas de Maurice Holleaux 1 , ni de ses très nombreux succes- seurs 2 , je voudrais présenter le point de vue du numismate en examinant les transformations de la monnaie en rapport avec les événements politiques et militai- res. C’est donc la politique monétaire suivie par les cités grecques que je me propose d’étudier ici à partir de quelques exemples. La question a rarement fait l’objet d’une étude d’ensemble. Les auteurs moder- nes qui en ont traité ont été guidés, le plus souvent, par le sentiment, que d’emblée, dès le milieu du ii e siècle, Rome avait décidé de tout, tout organisé, tout contrôlé. L’idée remonte à Mommsen qui estimait que le Sénat avait imposé en 146 le cours légal du denier à la Grèce et à la Macédoine 3 . L’interventionnisme attribué à Rome se traduit par deux postulats, qui ont été tantôt exprimés clairement, tantôt utilisés implicitement pour proposer des datations ou des interprétations. Le premier postulat veut que, chaque fois qu’elle l’aurait pu, Rome aurait interdit aux peuples assujettis de frapper monnaie : ce serait le cas pour les États qui s’étaient révoltés contre elle. Dans son étude classique sur la domination romaine en Grèce sous la 1. M. Holleaux, Rome, la Grèce et les monarchies hellénistiques, Paris, 1921, a renouvelé la question et marque le départ de la bibliographie. 2. Ed. Will et Cl. Nicolet dir., Rome et la conquête du monde méditerranéen, Paris, 1978, p. 883-920 ; R.M. Kallet-Marx, Hegemony to Empire : the Development of the Roman Imperium in the East from to B.C. (Hellenistic culture and society, 15), Berkeley, Los Angeles, Oxford, 1995 ; J.-L. Ferrary, Philhellénisme et impérialisme (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 271), 1988. 3. Th. Mommsen, Geschichte des römischen Münzwesens, Berlin, 1860, p. 690-91 ; 702-02. La reprise de cette affirmation par Fr. Hultsch, Griechische und römische Metrologie, Berlin, 1882 2 , p. 251-252, l’a renforcée.