R. Camus. 2010 1/14 « Work in progress. » Version brouillon d’un article commandé par la revue Faits de langue. Il s’agit d’un des polycopiés distribués aux participant de l’atelier « Catégories linguistiques » que j’anime en année de Master (INALCO). Une synthèse de ces travaux et des matériaux diffusés de manière pour l’instant confidentielle sera proposée dans un colloque à suivre en septembre 2011 - sauf erreur ou catastrophe naturelle. Pour lire l’article « La phrase nominale » (E. Benveniste) Rémi CAMUS (INALCO / CNRS) Les problèmes soulevés dans ce texte ont trait aux notions de catégorie et de fonction dans l’étude des langues ; la question dont il hérite se formule comme un paradoxe : une présence – celle du verbe « être » – serait, dit-on, manifestée par son absence. C’est le paradoxe de la phrase nominale, que cet article souhaite résoudre. À la difficulté de cette question paradoxale s’ajoute un détail de présentation, en réalité un empêchement insupportable pour de nombreux lecteurs : la majorité des exemples grecs et latins sont livrés sans traduction. Et lorsqu’ils sont traduits, l’absence de translittération et de mot à mot rend souvent malaisée l’identification des séquences pertinentes (c’est aussi le cas de plus brèves séquences en d’autres langues). Dans les lignes qui suivent, ces éléments manquants ont été systématiquement rétablis, dans leur ordre d’apparition dans le texte. Le présent vade mecum, auxiliaire à la lecture de l’article de Benveniste, veut aussi montrer comment les illustrations tissent au sein du texte la matière d’un autre texte qui n’est pas entièrement l’ombre du premier. Ne serait-ce que parce que le lecteur est appelé à « réformer les habitudes de traduction imposées par la structure (…) des langues modernes ». Quelques brefs commentaires sur la méthode mise en oeuvre et sur certains de ses enjeux s’imposaient. I. « L’eau [est] ce qu’il y a de meilleur » : terminologie, méthode Pour être correctement posé du point de vue de la linguistique générale, le problème doit être auparavant resitué dans la variété des types de phrase nominale attestée ; en particulier « Il arrive (…) que la phrase nominale comporte elle-même deux variétés avec une distinction de forme, mais non de sens, liée à la séquence des éléments » Voici l’exemple grec qui permettra de fixer la terminologie : PREDICAT + SUJET ἄριστον ὲν ὕδωρ (attesté 1 ) ariston PREDICAT men hudor SUJET meilleur-neutre vraiment l’eau Lit. « Le meilleur [est] l’eau » « Ce qu’il y a de meilleur, c’est l’eau » SUJET + PREDICAT ὕδωρ ὲν ἄριστον hudor SUJET men ariston PREDICAT » Lit. « L’au est est le meilleur » « L’eau est ce qu’il y a de meilleur » I.1. Terminologie : « prédicatif », « attributif »… Benveniste n’utilise pas ici le terme « attribut », pas plus qu’il ne le fait dans la caractérisation sommaire qu’il donne en introduction de l’article : 1 Il s’agit de la première phrase des Odes olympiques de Pindare ; elle fait référence à l’eau comme principe de toutes choses (dans la mythologie grecque, Oceanus et Tethys sont parentes de tous les dieux de la Nature).