Julien Freund, la dynamique des conflits 54 JEAN-VINCENT HOLEINDRE De la guerre au conflit. Sur l’œuvre polémologique de Julien Freund À Jean-Pierre Le Gof, en signe d’amitié. La guerre a occupé une place centrale pour Julien Freund, dans sa vie d’homme comme dans son œuvre. Né en 1921 en Henridorf en Moselle, le jeune Freund a tout juste dix-huit ans lorsque débute la Deuxième Guer- re mondiale. La trentaine venue, dans les années cinquante et soixante, il prépare sa thèse en pleine guerre froide, à l’heure où le monde vit dans les conlits idéologiques et la crainte de l’apocalypse nucléaire. Quand Freund meurt en 1993, l’Union soviétique vient d’imploser, ce qui signe la dispa- rition du monde bipolaire. Comme beaucoup d’Européens de sa généra- tion, Julien Freund a été profondément marqué par les conlits du xx e siè- cle. Sa relation à la guerre s’est exprimée de plusieurs manières. Résistant et militant politique pendant le second conlit mondial, il fut d’abord au cœur de l’événement et de l’histoire en train de se faire. Devenu philoso- phe, il prit du recul et s’eforça de comprendre la guerre avec les yeux du penseur politique (notamment dans l’Essence du politique, sa thèse publiée en 1965 1 ). Nommé professeur à l’Université de Strasbourg, il se consacra enin à l’étude de la guerre dans le cadre plus général d’une Sociologie du conflit, publiée en 1983 2 . Nous tâcherons ici de retracer ces trois grandes étapes de l’itinéraire de Julien Freund, qui correspondent chacune à un type d’approche de la guerre : la guerre comme expérience de vie (à travers la Deuxième Guerre mondiale et la Résistance relatées dans son autobio- graphie intellectuelle, l’Aventure du politique 3 ) ; la guerre comme phéno- mène politique (dans l’Essence du politique) ; enin la guerre comme forme particulière du conflit (dans Sociologie du conflit). Freund Julien, L’Essence du politique [1965], Paris, Dalloz, 2004. Id., Sociologie du conflit, Paris, Presses universitaires de France, 1983. Id., L’Aventure du politique. Entretiens avec Charles Blanchet, Paris, Criterion, 1991.